La Finlande parvient à sauver ses sans-abris, à rebours du reste de l'UE

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Sacha Escamez
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samedi 2 septembre 2017
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Chapô
Dans toute l'Union Européenne le nombre de sans-abris augmente. Toute l'U.E. ? Non, un petit pays nordique résiste encore et toujours à l'envahisseur mortifère qu'est l'abandon apathique des sans-abris à leur situation. Par quelle formule magique la Finlande parvient-elle à sortir des personnes de la rue par le haut quand le reste de l'Union s'enfonce coupablement dans l'acception d'un sans-abrisme qui s'étend ?

La « formule magique » contre les problèmes de logement n'est qu'une simple mesure

Dans leur dernier rapport « regard sur le mal-logement en Europe », la Fondation Abbé Pierre et la Fédération Européenne des Associations Nationales Travaillant avec les Sans-Abri (FEANTSA) dressent un portrait peu élogieux : Les pays de l'Union européenne portent sur leur visage les traits honteux de l'abandon face à l'augmentation du nombre de personnes sans domicile. Sur cette photographie d'ensemble, les regards fuyants contrastent fortement avec l'expression résolue et combative de la Finlande qui, seule au milieu de la masse unioniste, regarde droit vers l'objectif. À rebours des clichés économiques qui tendent à placer la Finlande au second plan, ce pays nordique montre l'exemple en matière de lutte contre le sans-abrisme et démontre qu'il n'est pas nécessaire d'attendre le succès économique pour aider la frange la plus fragile de la population.

Comment fait la Finlande pour diminuer le nombre de ses sans-abris ? Dans la mesure où le nombre des personnes en difficulté d'accès au logement augmente partout ailleurs dans l'union, on pourrait s'attendre sinon à une spécificité quasi-magique de la Finlande, au moins à un mécanisme complexe et difficilement transposable ailleurs. Sinon, comment expliquer que seule la Finlande parvienne à lutter efficacement contre les problèmes de logement les plus graves ?

Dans la plupart des pays, les sans-abris qui sollicitent de l'aide se voient placés devant un parcours graduel de réintégration dit « en escalier ». Un tel parcours en escalier consiste à passer d'abord par une forme d'hébergement d'urgence, avec tous les problèmes que cela peut poser, souvent suivi par une étape d'hébergement transitoire minimaliste puis d'une version améliorée de cet hébergement transitoire. L'accès à un véritable logement ne peut souvent se faire qu'après un improbable retour à l'emploi en raison d'un cercle vicieux dans l'abysse duquel il faut souvent déjà avoir un logement pour trouver un emploi et inversement. La politique mise en place par la Finlande, elle, est relativement simple : elle consiste à offrir directement aux sans-abris une solution de logement stable.

 

La méthode d'« un chez-soi d'abord » fait déjà ses preuves de manière expérimentale

En France, cette politique pourrait se traduire par la formule « un chez-soi d'abord », mais son application reste pour le moment limitée à une expérimentation dans quatre villes, et concernant seulement des personnes sans-abris souffrant de troubles psychologiques avérés. Néanmoins, l'étude quantitative de cette expérimentation a déjà pu montrer ses bienfaits par les chiffres, pour que même ceux qui manquent pathologiquement d'empathie puissent se convaincre, sur la base des chiffres qu'ils préfèrent aux personnes, qu'une telle politique devrait être appliquée. Au-delà des bienfaits humains évidents, même les obsédés des coûts pour qui les vies humaines ne valent rien seront satisfaits d'y lire que le programme « un chez-soi d'abord » coûte moins cher par personne que la somme des dépenses engendrées par les problèmes d'accès au logement (hospitalisations plus fréquentes, arrestations et emprisonnements plus fréquents, hébergements d'urgence...). Cet argument des coûts est d'ailleurs également avancé sur la base de l'expérience finlandaise par Juha Kaakinen, président d'une fondation ayant pour but la fin du sans-abrisme en Finlande.

On le voit donc, ni la question du coût, ni une sorte de spécificité ou de complexité particulière finlandaise ne permettent d'expliquer en toute honnêteté l'échec des autres pays de l'UE à s'occuper des problèmes d'accès au logement. Pourtant, il existe bien une spécificité notable concernant le logement en Finlande. La Finlande compte parmi les rares pays de l'UE au sein desquels les prix du logement n'ont pas progressé plus vite que les revenu, ce qui a évidemment aidé puisque le marché du logement influence la mise en place d'une politique telle qu'« un chez-soi d'abord ». Néanmoins, sur cet aspect les États ne sont pas voués par nature à l'impuissance face au marché, comme l'illustre le fait que la position avantageuse de la Finlande résulte de ses politiques volontaires en la matière. Ainsi, comme le résume Juha Kaakinen les politiques d'accès au logement sont avant tout « une question de volonté politique ».

 

Lutte contre le sans-abrisme, le vrai modèle venu d'Europe du nord

Finalement, ce que l'exemple finlandais montre c'est qu'en plus d'être humainement évident, il est non seulement possible, mais également économique, de fournir un logement stable aux personnes sans domicile fixe. Pour résorber leur sans-abrisme, les autres pays de l'UE doivent donc s'inspirer au plus vite des politiques mises en place en Finlande, non pas simplement pour imiter, mais aussi pour aller au-delà. En effet, l'examen critique de la situation finlandaise montre aussi que des problèmes pourraient être évités en amont, par exemple en prévoyant des aides permettant d'éviter les expulsions locatives.

En matière de réformes liées à l'économie, les gouvernements libéraux et la commission européenne cherchent à imposer des dérégulations en prenant pour prétexte le succès du « modèle scandinave » et sa « fléxisécurité » dont ils ne nous présentent en fait qu'une « copie frelatée ». Plutôt que d'avancer masqués derrière les traits fatigués d'un modèle économique scandinave à bout de souffle, les gouvernements de l'UE feraient mieux de prendre pour modèle dans les pays nordique (la Finlande n'est pas en Scandinavie) les politiques qui fonctionnent réellement, comme « un chez-soi d'abord ».

 

Sacha Escamez

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