Le Danemark veut lutter contre les ghettos en attaquant leurs habitants

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Jane H. Caelinnan
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lundi 9 juillet 2018
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Chapô
La coalition de droite et d’extrême droite au pouvoir au Danemark se lance dans la lutte contre la ghettoïsation de certains quartiers. Faut-il l'applaudir et l'encourager ? Au lieu de promouvoir la mixité sociale, il s’agit de soustraire à leurs parents les enfants de familles d’immigrés au moins 25 heures par semaine, afin de leur inculquer les valeurs danoises chrétiennes. Il s’agit aussi de réorganiser l’urbanisation au détriment des pauvres. Ce qui va coûter, accessoirement, un pognon de dingue.

Puisque la mode est à la séparation des enfants de leur parents, le gouvernement danois, une coalition de droite-extrême droite comme on les aime tant en Europe a décidé de ne pas être en reste ! Vous avez aimé la loi de confiscation des biens des migrants ? (pour un total de 15 000 euros recueillis !), vous avez aimé la loi sur le port du bracelet électronique sur simple suspicion ? Vous allez aimer le plan antighetto Ét Danmark uden parallelsamfund - Igen ghettoer i 2030 (« Un Danemark sans société parallèle – Plus de ghettos en 2030 »).

Le gouvernement danois vous présente ainsi sa dernière création pour lutter contre les « ghettos », zones correspondant à 5 critères bien définis tels que : revenus des habitants, taux de chômage, taux de criminalité, mais aussi… avec une population à majorité « non occidentale ». 25 quartiers ont été identifiés selon ces critères, correspondant à plus de 60 000 habitants. La logique de ce plan pourrait se résumer par : « Puisque les immigrés ne veulent pas s’intégrer, obligeons-les ! »

Par exemple, à partir de l’âge de 1 an, les enfants de parents étrangers de ces zones de « ghettos », seront obligés de suivre une éducation publique au moins 25 heures par semaine, afin de les tenir éloignés de l’influence de leur parents. Pendant ces 25 heures, ils apprendront la langue danoise, les valeurs danoises ainsi que… les traditions chrétiennes de Noël et de Pâques. En cas de refus de la part des parents, ceux ci seront privés d’aides sociales. Les parents n’auront pas non plus le droit d’envoyer leurs enfants en séjour prolongé dans leur pays d’origine, où les enfants « risqueraient » d’apprendre des valeurs contraires aux valeurs danoises. Les parents outrepassant ces règles seraient passibles le cas échéant d’une peine allant jusqu’à 4 ans de prison.

Cet incroyable plan s’accompagne également d’un volet immobilier. Le gouvernement pourra ordonner la destruction de certains groupements d’immeubles car « les défis des sociétés parallèles, du crime et de l’insécurité sont tels qu’il revient moins cher de détruire la zone de ghetto et de recommencer à zéro ». Des investisseurs privés seront donc invités à construire de nouveaux types d’habitations dans ces zones. Bien évidemment l'éviction des habitants par les propriétaires sera facilitée par la loi, afin d’accélérer le plan de rénovation du gouvernement. Les associations de résidents craignent alors que leurs membres n’éprouvent des difficultés à retrouver des logements à loyer modéré. Cette difficulté d’accès aux loyers modérés aurait pour résultat l’exclusion des plus pauvres des grandes agglomérations (dans un contexte immobilier déjà très tendu), qui conduirait au final à la création de nouvelles zones de « ghettos » un peu plus loin.

Le gouvernement, qui prône d’ordinaire la rigueur budgétaire, prendra donc 1,6 milliards d’euros (12 milliards de couronnes danoises) sur un budget réservé aux projets d’entretien et d’amélioration de l’habitat locatif (ascenseurs, traitement des moisissures et de l’humidité, réparation des fondations…) et provenant des cotisations des locataires danois, soit plus de la moitié du budget des 8 prochaines années. Le risque de transformer des zones d’habitations qui se portent bien en nouveaux « ghettos » par manque d’entretien nous fait entrevoir l’absurdité d’une mesure court-termiste qui va à moyen terme aggraver les problèmes qu’elle prétend combattre.

Ce plan contient également d’autres aberrations sur les plans judiciaire et social. Selon l’endroit où seront commis les crimes de vols et vandalismes, les punitions ne seront pas les mêmes, et les peines parfois doublées. L’égalité devant la loi de tous les Danois en prendrait donc un coup.

Les migrants recevront également des aides sociales moindres dans ces ghettos pour les rendre « moins économiquement attrayants ». Vous avez bien lu. On marche bien sur la tête, en effet, et en tout cas, on fait tout pour maintenir celles des populations les plus fragiles sous l’eau. La position du Danemark sur la supposée liste de « shopping » des migrants va en prendre un coup !

Enfin, qui dit bâton, dit carotte ! Les municipalités affichant de bons résultats et suivant la politique du gouvernement se verront récompensées, et celles en affichant de moins bons… pénalisées !

Le gouvernement n'est pourtant pas isolé et est soutenu dans sa volonté par le Parti social-démocrate, « opposition » principale au Parlement, qui a la majorité à Copenhague, et qui cherche à regagner des électeurs (toute ressemblance avec une situation existant ailleurs est purement fortuite…), à l’approche des futures élections. Véritable serpent de mer, le problème ressurgit à chaque mandature : les idéologies libérales et xénophobes, loin de s’opposer, se marient et accouchent d’une destruction des solidarités.

Jane H. Caelinnan

 

Photo : Leif Jørgensen - Creative Commons (Wikimedia).

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Leif Jørgensen - Creative Commons (Wikimedia)
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