Agriculture : devant l'attentisme de l'État, les forces locales s'organisent

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Raymond Desmarées
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mardi 14 août 2018
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Chapô
Atermoiements, demi-mesures, effets d'annonce suivis de reculs, les pouvoirs publics ne semblent pas saisir l'urgence ni la nécessité d'un changement profond dans notre façon de cultiver les terres. Une démission qui conduit de plus en plus de citoyens et d'agriculteurs, qui se rendent compte de l'urgence, à prendre eux-mêmes les choses en mains au niveau où ils peuvent agir.

Depuis 2008, la France a connu deux plans Ecophyto visant à réduire l’usage de produits pesticides dans l’agriculture. Ces plans faisaient suite au Grenelle de l’environnement dont l'un des objectifs annoncés était la réduction de 50% de l'usage des pesticides d'ici 2018. Pourtant, la quantité de pesticides utilisés a augmenté de 22% entre 2013 et 2016 [1]. Difficile de blâmer les agriculteurs qui n’ont aucune marge de manœuvre, ou si peu ! Sans modèles agricoles alternatifs et sans soutien massif de l’État pour la transition écologique des filières agricoles, agroalimentaires et de l’alimentation, aucun changement réel ne se fera. En effet, l’endettement chronique des exploitations et la tension perpétuelle sur les prix dictés par l'industrie et la grande distribution ne permettent pas aux agriculteurs, seuls, de changer d’orientation.

Face aux enjeux environnementaux et de santé publique, la loi Agriculture et alimentation du gouvernement Macron fait pâle figure. C’est un bel exemple de « gouvernance consultative » dont les artifices de communication promettent de grandes avancées et une méthode démocratique pour finalement mieux reculer devant de puissants lobbys. Le résultat est clair : l’agro-industrie et la FNSEA ont encore gagné du temps pour engranger des profits avant l’effondrement d’une chaîne de l’alimentation insoutenable. Cette nouvelle loi fait suite à la suppression en septembre 2017 des aides au maintien de l’agriculture biologique. Seules les aides aux conversions sont conservées. Ainsi, le soutien financier qui servait à consolider les exploitations en agriculture biologique après les trois ans de conversion a été supprimé car «  c’est au marché de prendre le relais  » (comme l’affirme Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA). De plus, depuis 2015, les versements pour les agriculteurs bio et les mesures agro-environnementales sont systématiquement en retard. À l’été 2018, les retards de paiement continuent à s’accumuler, mettant en péril l’avenir des exploitations.

Ces développements ne présagent rien de bon pour la réforme de la Politique agricole commune (PAC) prévue en 2020, et la baisse drastique du financement global qui se profile, notamment du second pilier : ce dernier concerne la part environnementale de la PAC, contenant les aides à l'agriculture biologique citées précédemment.

Ces tergiversations au sommet de l’État semblent pourtant à l’opposé des mouvement locaux. Poussées par une demande de plus en plus forte des citoyens français pour les produits labellisés bio, les surfaces en agriculture biologique et le nombre de conversions augmentent de manière spectaculaire depuis quelques années. Les agriculteurs bio se sont auto-organisés  dans les régions ou départements, mettant sur pied eux-mêmes des formations et du soutien technique aux agriculteurs en conversion. Les citoyens prennent aussi leur part, comme le montre le foisonnement des circuits courts par l'intermédiaire d'AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) ou de boutiques associatives. C’est ainsi que, en dépit de la faillite des pouvoirs publics, des savoir-faire techniques et organisationnels se créent à la base alors même qu’au sommet, ça déraille.

Raymond Desmarées


[1] dans l'article correspondant à ce lien, les chiffres ont été séparés par années de hausses successives sous-estimant le pourcentage d’augmentation totale.

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