Nucléaire et changement climatique : la sécurité des centrales nucléaires compromise

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Raymond Desmarées
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mercredi 8 août 2018
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Chapô
L'énergie nucléaire, nous disent ses partisans, ne rejette pas de gaz à effet de serre et serait donc une énergie de l'avenir pour faire face au dérèglement climatique en cours. Mais est-elle vraiment si adaptée au monde en surchauffe que nous commençons à découvrir?

La canicule qui étouffe l’Europe depuis plusieurs semaines a des conséquences importantes sur l’environnement, qui nous le rend bien !

Un premier exemple est les incendies, résultat de la sécheresse généralisée de ces derniers mois. Ils ont été meurtriers en Grèce et d’une ampleur inédite en Suède, avec des conséquences économiques importantes. La pollution à l’ozone, dans une bonne partie de la France et ailleurs en Europe, ainsi que les problèmes de santé publique qui vont avec, en sont un autre exemple. La canicule affecte aussi l’agriculture, avec des éleveurs obligés d’abattre leurs troupeaux faute de foin dans le Nord de l’Europe, et une flambée du prix des céréales au vu des mauvaises récoltes dues à la sécheresse de ces derniers mois, notamment en Europe centrale et de l’Est.

Un autre effet, plus inattendu peut-être, concerne les centrales nucléaires. Début août, EDF a réduit l’activité, puis arrêté 4 réacteurs nucléaires, à Fessenheim en Alsace et dans la vallée du Rhône. D’autres réacteurs fonctionnent à puissance réduite. Ces réductions de production électrique ne devraient pas affecter l’approvisionnement électrique, malgré une consommation très supérieure à la normale de saison en raison de l’utilisation des climatiseurs : « chaque degré supplémentaire par rapport aux normales de saison demande la mobilisation de l’équivalent d’un demi-réacteur nucléaire ».

Ce problème ne se pose pas qu'en France, et atteint des pays réputés plus frais en été. Ainsi, des centrales finlandaises, allemandes et suédoises doivent faire face à la même situation. Même en Suisse, 2 centrales sur 4 fonctionnent actuellement au ralenti.

Pourquoi le fonctionnement des centrales nucléaires est-il affecté par la canicule ? Les centrales ont besoin d’eau, de beaucoup d’eau, pour refroidir la vapeur du circuit secondaire qui alimente les turbines. C’est pour cette raison que les centrales se trouvent au bord des cours d’eau, notamment de la Loire (12 réacteurs) et du Rhône (14 réacteurs). La vapeur qui fait tourner les turbines est un élément clé du fonctionnement des centrales, c’est ce système qui permet de transformer la chaleur issue de la réaction nucléaire en énergie mécanique, puis électrique. Cette vapeur doit ensuite être refroidie pour être réutilisée en circuit fermé. Les immenses cheminées de béton qui recrachent de la vapeur d’eau, emblématiques des centrales nucléaires, font partie de ce système de refroidissement.

Les centrales prélèvent donc de l’eau « fraîche » dans les rivières et fleuves et y rejettent de l’eau « chaude ». En période de canicule (mais aussi en temps normal), ces rejets ont des effets importants sur les fleuves dont les débits sont réduits et dont l’eau présente déjà une température élevée. La température de l’eau est un paramètre majeur de la santé des écosystèmes aquatiques. Des températures élevées réduisent la quantité d’oxygène dans l’eau et favorisent le développement d’algues. De nombreux poissons, notamment les poissons migrateurs, ont besoin d’eau « fraîche ».

La température de rejet des eaux de refroidissement des centrales est donc réglementée, mais en période de canicule, parce que les eaux des fleuves sont déjà chaudes en amont de la centrale, EDF n’est plus en mesure de respecter les seuils, et des centrales doivent réduire leur puissance ou même être mises à l'arrêt. C’est un problème récurrent en France, comme le montrent les autorisations de dépassement des températures de rejet en 2003, 2006, et 2015 par exemple. Déjà ces années-là, le fonctionnement des centrales, notamment de celles sur le Rhône, a dû être réduit.

Ce n’est pas seulement un problème environnemental. En période de canicule, l’eau ne refroidit plus de manière aussi efficace les réacteurs. De plus, le débit de certains cours d’eau se réduit fortement et l’eau de refroidissement pourrait venir à manquer. Bien sûr, ce problème ne se pose pas pour la Loire ou le Rhône, mais il risque d'affecter les cours d’eau plus petits sur lesquels d’autres centrales sont installées.

Ainsi, on comprend que le changement climatique accentue le risque d’accident nucléaire et compromet notre approvisionnement électrique. Les scientifiques sont formels, il existe un lien entre le changement climatique et la vague de chaleur actuelle en Europe et ailleurs dans le monde. La probabilité de canicule et donc de difficultés pour le parc nucléaire dans les diverses régions d’Europe est ainsi démultipliée. De plus, les effets du changement climatique se font également sentir à travers la montée du niveau de la mer et l’augmentation du nombre et de l’intensité des tempêtes, qui sont un risque majeur pour certaines centrales proches de la mer, comme la centrale nucléaire de Bordeaux. Placer les centrales près de la mer n'est donc pas non plus une bonne solution à terme. C'est sur tous les plans que le réchauffement climatique, dont les effets se traduisent entre autres par des canicules, des sécheresses et une montée du niveau de la mer, met en danger le bon fonctionnement des centrales nucléaires.

Raymond Desmarées


Cette actualité est l’occasion de relire notre article sur le nucléaire civil et l’absence de politique énergétique commune en Europe. C’est aussi l’occasion de rappeler que le programme politique de la France insoumise prône la mise en place d'une politique énergétique responsable, respectueuse des personnes et de leurs besoins en même temps que de l’environnement.

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