La propagande médiatique pro-CETA a recommencé alors que la ratification approche

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Sacha Escamez
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mardi 2 octobre 2018
Chapô
Voilà un an que l’essentiel du CETA est entré en application, avant même sa ratification. De l’aveu même du gouvernement français pourtant pro-CETA et des médias, il est trop tôt pour en mesurer les effets réels. Cela n’a pourtant pas empêché une partie des médias de commencer à dresser un bilan globalement positif de cet accord de libre-échange : la propagande pro-CETA a (re)commencé en préparation de sa ratification à venir !

Une année s’est écoulée depuis la mise en application de la majeure partie du traité de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Canada, le CETA. Ceci alors même que le CETA doit encore être ratifié par deux tiers des parlements des États membres de l’UE, qui n’ont pas encore voté sur le sujet. La France fait partie de ces pays qui n’ont pas encore ratifié le CETA, et le gouvernement a même annoncé un report à l’automne 2019 du vote au Parlement initialement prévu pour cette année. L’une des raisons officielles invoquées pour ce report indique qu’il faudrait attendre le résultat d’une étude d’impact encore en cours au sein d’un bureau d’étude spécialisé dans l’économie internationale, le CEPII.

Des indices économiques grossiers comme les taux d’exportation et d’importation de l’UE avec le Canada ont déjà été mesurés. Ainsi apprend-on dans le journal de France Inter du 21 septembre dernier que « le CETA profite aux exportations européennes, même s'il est difficile d'en mesurer l'impact réel ». Ainsi, de l’aveu même de journalistes et du gouvernement français pro-CETA on ne connaît pas encore l’impact que le CETA a réellement sur l’économie de l’UE, ou même du Canada. On pourrait donc s’attendre à ce que tout ait été dit en attendant d’en savoir plus. Pourtant, cela n’empêche pas une partie de la presse de s’épandre à propos des vertus de ce traité de libre-échange.

« Le CETA, pari gagnant pour l’Europe », s’exclame Nicolas Demorand« L'accord de libre-échange Union européenne-Canada s'est révélé plutôt favorable aux industriels agro-alimentaires français », nous dit L’Express. Et ainsi de suite… En dépit du bon sens et de l’honnêteté qui voudraient qu’on attende de mesurer les effets du CETA pour tirer des conclusions, de soi-disant journalistes expliquent sans base tangible à quel point le CETA serait bénéfique pour l’UE (passons sur le fait qu’il s’agit de se réjouir d’une progression des exportations aux dépens de l’industrie de notre supposé partenaire commercial canadien). S’il ne s’agit pas d’une analyse ancrée dans la réalité des faits, alors on a affaire à une campagne de propagande, probablement pour préparer l’opinion en amont de la ratification d’un traité décrié.

En effet, si les exportations de l’UE vers le Canada ont augmenté, on ne peut pas s’en contenter en passant sous silence l’impact négatif déjà avéré que le CETA a sur les normes environnementales. Il est notamment intolérable d’entendre chanter les louanges d’un traité dont les évaluateurs officiels eux-mêmes admettent qu’il permet d’éroder les droits des consommateurs en nivelant les normes sanitaires, écologiques et démocratiques vers le bas.

Une autre raison de s’indigner de la recrudescence de la propagande médiatique pro-CETA réside dans le fait que la partie du CETA qui n’est pas encore appliquée est précisément l’une des plus controversées. Le fameux mécanisme d’arbitrage prévu par le CETA permettrait en effet à des sociétés privées de faire condamner les États à leur verser de lourdes indemnités si celles-ci estimaient que les lois en place limitaient leurs profits potentiels. Si le CETA était ratifié, ce mécanisme entrerait finalement en application, et mettrait à mal toute souveraineté populaire puisque la moindre loi susceptible de nuire aux profits des grandes multinationales se paierait au prix fort. L’Équateur en est d’ailleurs un exemple criant, avec l’annulation par une cour d’arbitrage de la condamnation équatorienne d’une multinationale pour les pollutions bien réelles qu’elle avait entraînées par ses mauvaises pratiques au service du profit. Les problèmes liés à ce mécanisme d’arbitrage constituent d’ailleurs la seconde raison officielle invoquée par le gouvernement français pour reporter le vote du parlement. La seule perspective du mécanisme d’arbitrage a déjà servi de prétexte au détricotage de la loi dite « Hulot » sur la fin des hydrocarbures.

Dans ces conditions, comment conclure que le CETA puisse être quelque chose de positif ? Comment imaginer également que le Canada se contentera d’être perdant à jamais dans cette compétition organisée ? Au final, il y a fort à parier que la spirale de l’augmentation de la compétitivité entre « partenaires » de libre-échange entraînera l’appauvrissement des travailleurs et l’érosion des normes, voire la disparition de la démocratie des deux côtés de l’Atlantique, puisque les multinationales pourront faire payer aux États leurs législations et donc les contrôler. Le gouvernement français a opportunément reporté la ratification du CETA à l’après-élections européennes en pensant pouvoir cacher ce nouveau cadeau aux puissants.

Entre propagande médiatique pro-CETA et petits calculs politiciens du gouvernement, les élections européennes donnent l’occasion d’envoyer un message. Les électeurs se mobiliseront-ils pour montrer qu’ils ne sont pas dupes des méfaits écologiques et sociaux du libre-échangisme dogmatique qui gangrène les institutions de l’UE et de la France ?

Sacha Escarnez


Photo: Cap Breton près de Louisbourg, 1909, par William Brymner (1855-1925). National Gallery of Canada. Source: Wikimedia Commons.

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Cap Breton près de Louisbourg, 1909, par William Brymner (1855-1925). National Gallery of Canada. Photo libre de droits.
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