Die Linke, la gauche allemande et l’Europe

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David Weuth
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dimanche 4 février 2018
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Chapô
Alors que l'Allemagne connaît une crise politique sans précédent, Die Linke cherche à se réinventer pour profiter de l'opportunité. Mais la forme « mouvement », qui a connu de beaux succès en France ou en Espagne, est-elle transposable au contexte allemand ?

La gauche européenne peine à exister. Il y a des gauches européennes, indéniablement ; on peut même parler, si l’on se permet d’être optimiste, de moments d’effervescence assez inattendus en France, en Grande-Bretagne, et sur la péninsule Ibérique, mais la difficulté d’une entente et d’une démarche politique transnationale persiste. Cela n’est certainement pas dû à un manque d’effort ou de contact, les deux interventions de Jean-Luc Mélenchon à Barcelone, au moment des élections régionales en Catalogne et à Berlin le 14 janvier lors de la rentrée du groupe parlementaire de Die Linke, témoignant d’une volonté d’être présent au-delà des frontières. De même, l’ancien président du parti de gauche allemand Oskar Lafontaine a évoqué dans un entretien avec le magazine Der Spiegel[1] sa volonté de former un nouveau mouvement rassemblant, à l’instar de la France insoumise, toutes les forces de gauche allemandes, une idée reprise la semaine dernière par sa femme Sahra Wagenknecht, cheffe du groupe parlementaire.

Face à un bloc centriste qui peine à se maintenir, le moment pourrait sembler propice. Les partis qui avaient gouverné au sein d'une grande coalition ont subi une cuisante défaite: les conservateurs de la CDU/CSU enregistrent une chute de 8,5 %, le parti socialiste allemand SPD perd de son côté 5,2 %, une baisse vue par une bonne partie de la presse comme un clair refus de cette grande coalition par les électeurs. Pourtant, après l’échec des négociations entre CDU/CSU, les libéraux du FPD et les Verts, la grande coalition mal aimée se présente paradoxalement comme seule option pour établir à nouveau un gouvernement stable. Ces derniers mois, l’Allemagne a été ainsi témoin de retournements de vestes des plus étonnants de tous les côtés : Angela Merkel qui caractérise le SPD comme étant « incapable de gouverner », Andrea Nahles, cheffe du groupe parlementaire du SPD, qui annonçait le lendemain de l’élection que désormais le SPD « allait en mettre plein la gueule » à la CDU, et qui est devenue miraculeusement une défenseure férocement convaincue d’une nouvelle grande coalition quatre mois plus tard. La perte de crédibilité généralisée, la déception profonde d’une bonne partie des délégués du SPD, pourraient indiquer, comme le constate l’article de Mathias Weidenberg et Jérôme Chakaryan-Bachelier publié sur ce site le 18 janvier, une occasion pour la gauche allemande de gagner du terrain tout en renforçant les liens avec leur partenaire français.

Des structures nationales différentes

Il ne faut pourtant pas brûler d’étapes. Si l’on dit que la gauche européenne peine à exister, cela est surtout dû à un bon nombre de différences structurelles qui déterminent les partis ou mouvements dans leurs cadres nationaux respectifs. En ce qui concerne l’intervention de Lafontaine et Wagenknecht se pose notamment un problème de calendrier : l’élection présidentielle française a eu lieu en avril 2017, et l’ampleur de la campagne de Mélenchon ainsi que l’efficacité et le caractère innovateur des moyens de communication déployés devinrent évidents au plus tard au mois de mars. Pourquoi n’y a-t-il pas eu de prise de position de la part de Wagenknecht ou de Lafontaine à ce moment-là ? D’autre part, et cela est peut-être encore plus important, pourquoi ne retrouve-t-on dans la campagne de Die Linke aucune trace de ce qui avait tellement bien marché pour la France insoumise (le site de campagne « Team Sahra » semblant même à l'inverse plutôt proche du notoire « Team Macron ») ? Pourquoi Lafontaine et Wagenknecht ne lancent-ils ce débat que maintenant, à ce moment précis, au milieu de ce désastre que sont les négociations actuelles entre CDU/CSU et SPD ? 

Pour essayer de répondre à ces questions-là et pour, surtout, dégager des pistes permettant un vrai avancement aussi bien sur le plan national qu'européen, il faut s’interroger sur les structures telles qu’elles déterminent Die Linke de l’intérieur et de l’extérieur en Allemagne au mois de janvier 2018. Il faut donc tout d’abord souligner que Jean-Luc Mélenchon a été invité par le groupe parlementaire de Die Linke et non pas par les présidents du parti Katja Kipping et Bernd Riexinger. En effet, la proposition du couple Lafontaine-Wagenknecht a déclenché immédiatement un débat violent, mené dans la sphère publique, opposant la direction du parti aux chefs du groupe parlementaire. Katja Kipping a réfuté catégoriquement l’idée d’un nouveau mouvement rassembleur de gauche en disant qu’il y en avait déjà un, à savoir Die Linke. De plus, elle a exprimé de graves doutes par rapport au prétendu « nationalisme de gauche » et aux « tendances xénophobes » de la France insoumise.[2] La divergence qui s’exprime ainsi ne date pas d’hier et est en grande partie due à la constellation dont le parti est issu en 2007, combinant d’un côté l’ancienne aile gauche du SPD (dont Lafontaine, ex-ministre des finances sous Gerhard Schröder, était la figure de proue) et de l’autre côté le PDS, l’ancien SED comportant encore un bon nombre de cadres de l’époque de la RDA (dont Gregor Gysi est peut-être le plus connu). Le consensus de base tel qu’il existe au sein de la France insoumise sous la forme du programme L’Avenir en commun n’existe tout simplement pas.

Mis à part ces querelles internes, le parti est aussi soumis à la forme particulière du scrutin allemand établi suite au naufrage de la République de Weimar qui donna lieu au Troisième Reich, un scrutin formellement conservateur qui favorise largement les partis centristes : jusqu’alors le scrutin proportionnel allemand a donné lieu à 69 ans d’alternance entre droite et centre gauche. La France insoumise aurait pu atteindre le pouvoir d’un coup, grâce à la forme verticale de la constitution de la Ve République. Cette possibilité, fût-elle minime, était bien réelle, les 19,58 % du premier tour en témoignent. Une telle possibilité n’existait pas pour Die Linke en septembre 2017. De fait, le scrutin proportionnel allemand confronte les partis dits minoritaires à un choix ingrat : soit, d’une part, l’opposition totale qui permet de préserver l’intégrité idéologique tout comme l’impuissance politique concrète ; soit, de l’autre, le compromis, c’est-à-dire la soumission à un des deux partis centristes, avec pour conséquence une atteinte du pouvoir qui risque toujours de compromettre à son tour la « substance » du parti. Cette compromission est un danger bien réel. C'est ainsi que le parti libéral FDP chuta, de 15,6 % à 4,8 %, après quatre ans de coalition avec la CDU entre les législatives de 2009 et 2013, et sortit du Bundestag. Le SPD, partenaire minoritaire actuel des conservateurs, qui a fait partie du gouvernement sur 15 des 19 dernières années, a perdu avec dix millions de voix, soit près de la moitié de son électorat depuis la première élection de Gerhard Schröder en 1998.

De même, et cela est plus difficile à apercevoir de France, le renouveau discursif de la gauche entrepris par Mélenchon – dont le glissement sémantique du Parti de gauche vers la France insoumise est l’emblème-même – est pratiquement impossible à effectuer en allemand. Toute référence à la nation est suspecte, et parler d’une heure du peuple est tout simplement impossible. « Peuple » se traduit en effet par « Volk », mot-fétiche du national-socialisme qui avait pratiquement disparu de la langue allemande politique – jusqu’à l’arrivée de l’AFD.  De surcroît, le discours socialiste classique représente déjà un écueil de base. L’Allemagne a certes connu pendant 40 ans un État socialiste. Mais celui-ci a été imposé d’en haut par l’Union soviétique. Pendant très longtemps, avant et après la chute du mur, la terminologie socialiste évoquait immédiatement l'idée de la répression et de la police politique ; aujourd’hui beaucoup de ses termes sont perçus comme obsolètes.[3] De fait, cela pourrait bien expliquer le manque de force de la plupart des slogans employés pendant la campagne pour désigner une injustice sociale de plus en plus criante. De plus, il faut constater à propos des formes d’engagements peu contraignantes et plus « gazeuses », propres autant à la campagne présidentielle qu'à celle des législatives de la France insoumise, que l’insistance continue sur la différence entre parti et mouvement n’ont pas non plus été reprises par Die Linke. Au contraire, en réaction immédiate à l’annonce de la décision des délégués du SPD d’amorcer de nouvelles négociations avec les conservateurs de la CDU/CSU, l’équipe Facebook de Die Linke a publié un appel à la participation. En cliquant sur le lien on arrive sur le formulaire qui permet de devenir membre du parti. De fait, malgré la présence de Mélenchon à Berlin et la dette qu’il a exprimée vis-à-vis de Die Linke en disant au début de son discours qu’il en était en quelque sorte « le produit », l’échange d’idées et de stratégies ne semble, à ce point, pas vraiment avoir lieu ou, du moins, pas encore porter ses fruits.

Tenir compte de ces contraintes structurelles diverses correspond à un travail nécessaire (que je n’ai pu qu’esquisser) afin de pouvoir porter le plus loin possible, en Allemagne, un véritable projet de gauche européenne. Imiter de façon superficielle la démarche qui a mené la candidature Mélenchon du Parti de gauche en 2012 au mouvement politique qu’est la France insoumise en 2018 n’aurait pas eu de sens avant l’élection de septembre 2017 et n’en a pas maintenant. Mais tout comme l’émergence de Podemos en Espagne, autre pays au scrutin proportionnel, a pu être une source d’inspiration de la campagne FI de 2017, celle-ci représente un point de départ excellent pour développer un certain nombre de pistes.

Des raisons d'espérer

Les élections allemandes de 2017 indiquent très clairement que le système de représentation politique qui correspondait jusque-là plus ou moins au fonctionnement du scrutin est en crise et que cela ne risque pas de s’arranger demain. Pour le SPD, se décider pour ou contre la grande coalition a représenté un véritable choix entre la peste et le choléra, correspondant à une chute de popularité sûre et certaine dont seul l’impact immédiat sous la forme de nouvelles élections a été différé – dans les sondages le parti est passé en dessous de 20 %. Après le « renouvellement dans l’opposition » proclamé dans les jours après le résultat, Martin Schulz veut maintenant « mettre du rouge » dans l’accord à trouver avec les conservateurs, ce qui, semble, en lisant la feuille de route pour la grande coalition, assez mal parti. En réalité, cette crise correspond plutôt à une véritable catastrophe puisqu’elle risque d’être perpétuée par les deux grands partis centristes qui peinent à se distinguer l’un de l’autre sur le plan représentatif. La montée du parti d’extrême droite AFD découle directement de ce fait. Il est en effet assez fascinant de voir jusqu’à quel point l’inaptitude politique et intellectuelle, la vulgarité et les scandales de ses dirigeants n’ont eu aucun effet sur une éventuelle mise en obstacle de leur montée, puisque tout cela représente une différence, certes banale mais bien réelle. Jouer la carte identitaire suffit pour se distinguer de ce gros bloc central en différentes nuances de gris. Une différence qui s’exprime aussi de façon terminologique dans des termes comme « linksgrünversifft » qui abondent dans les forums des grands journaux allemands et sur youtube pour caractériser tout ce qui se trouve à gauche de l’extrême droite de « gauchiste, gaucho, salement de gauche et écolo ».  Concrètement, l’AFD a crée ainsi, sans grande originalité, un autre concept d’interprétation de l’échiquier politique qui lui permet de convaincre une partie croissante de l’électorat qu’il représente une alternative aux deux partis centristes. Le nom du parti ne se réduit pas pour rien à la prétention d’être exactement cela, une alternative pour l’Allemagne (AFD = « Alternative für Deutschland »), sans indiquer les valeurs qu’il serait censé porter. Ils ont également trouvé un vocabulaire politique, encore une fois peu original, qui les rend inassimilables à l’élite politique en crise. 

Quant à Die Linke, il faut tout d’abord dire que les querelles internes peuvent se résoudre très facilement (au moins à propos de Mélenchon) s’il y a une compréhension plus poussée du phénomène de la France insoumise. Décrire cette dernière comme nationaliste et xénophobe témoigne avant tout d’un manque de compréhension autant du programme que de la suite d’événements aboutissant au résultat du premier tour. (Certains propos de Wagenknecht autour de la question migratoire ont pu également mener à cette interprétation erronée.)  Il faudrait également se pencher sur la question de savoir quels courants ont été agrégés par le mouvement – non pas l’aile gauche du PS ou les Verts, mais d’anciens militants du NPA ou des électrons libres comme François Ruffin –  et comment cette agrégation s'est faite – en prônant un discours « de la convergence des luttes », en se montrant proche des mouvements sociaux et des syndicats. Il y a effectivement une conscience de la nécessité d’une telle démarche notamment chez Katja Kipping. Son appel pour une « bewegungsorientierte Linke », une « gauche orientée vers le(s) mouvement(s) », lancé à la suite de l’intervention de Mélenchon, le montre très clairement. En fait, la France insoumise a démontré deux choses assez simples que Die Linke ne semble pas encore avoir comprises : 1) Katja Kipping affirme qu’une refonte politique réussie ne naît pas d’un concept mais des nécessités telles qu’elles existent dans la société. En créant un nouveau discours et en tenant tête à certaines forces concurrentielles de la gauche, la France insoumise a pu élargir considérablement sa base électorale et s’imposer comme la gauche française. Elle a ainsi prouvé qu’en politique l’offre peut déterminer la demande – si c’est la bonne offre. 2) Cela n'a été possible grâce à une réflexion poussée sur le cadre institutionnel français et à une démarche qui a visé à tout prix à dépasser les limites propres à la forme du parti traditionnel. Caractériser la France insoumise comme identique à son principal représentant (Jean-Luc Mélenchon) est méconnaître sa démarche stratégique, tous les efforts de diversification de représentation dès les législatives en témoignent.

L'unité viendra du combat contre un ennemi commun : le libéralisme

Affirmer qu’il y a déjà un mouvement de gauche rassembleur en Allemagne doit donc être une promesse pour le futur plutôt qu’un point de divergence interne. Il demeure que l’AFD – comme le FN actuel ou le FPÖ autrichien – râle contre le système en évitant soigneusement de s’attaquer au Dieu absent qu’est le marché libre. Sa révolte ne pourra donc pas, de fait, quitter le plan représentatif. Il ne faut pourtant pas attendre une potentielle désillusion future, mais agir. Combattre le néolibéralisme autant en Allemagne qu’en Europe pourrait servir de consensus de base sans néanmoins imposer une « pensée unique » au parti. La France insoumise démontre depuis juin 2017 comment il est possible, au moins dans l’opposition, de lier des positions politiques différenciées avec une ligne clairement partagée par tous les représentants du mouvement. Pour le futur, Die Linke devra repenser en profondeur les formes de communication dont elle se sert, autant sur le plan des réseaux sociaux que sur le plan discursif pour arriver à brasser plus large. L’état catastrophique du SPD doit être exploité afin de s’imposer comme première et seule force à gauche en Allemagne. Cela a été compris et affirmé autant par la présidence du parti que par les chefs du groupe parlementaire. Si elle est bien analysée, la forme du scrutin allemand, jusqu’à présent un obstacle, peut devenir un atout au sein de la catastrophe provoquée par le centre, puisque le Parlement, qui élit à son tour le chancelier, est élu par le biais de deux listes, une nationale, une régionale. Il faudra donc multiplier les interventions sur les deux niveaux en se liant directement aux mouvements sociaux divers et aux syndicats, afin de rendre les inégalités sociales aussi visibles que possibles dans une démarche partagée. Les fruits d’un tel travail seront à médiatiser. La crise représentative fera en sorte qu’une coalition rouge-rouge-verte, comme elle a été avancée à plusieurs reprises dans le passé, s’imposera comme une option envisageable – en inversant le rapport de force avec le SPD et les Verts. En alignant les luttes diverses sur une ligne commune grâce à cette forme politique relativement ouverte mais suffisamment fermée qu’est celle du mouvement, Die Linke pourra élargir son périmètre représentatif.[4]

Lancer le débat maintenant permet de réfléchir ; les prochaines élections, sauf accident majeur, sont loin. L’offre exprimée par Lafontaine aussi bien que la réorientation indiquée par Kipping n'apparaissent alors que comme deux éléments corrects mais individuellement insuffisants de la réponse. Die Linke devra intervenir activement sur le plan conceptuel et discursif, et cela de manière systématique ; il ne faut pas céder à la tentation identitaire ni simplement tenir un discours négatif vis-à-vis de la doxa néolibérale. Une chose est néanmoins certaine : la question de l’Europe devra être au cœur de n’importe quelle future campagne électorale ;  elle sera à tout prix à dissocier de la question du marché commun et des traités : « la question se ramène à deux simplissimes équations (en fait une seule et même) : traités inchangés = anti-démocratie persistante ; démocratisation réelle = traités réécrits », comme l'écrit Frédéric Lordon. La crise européenne est en réalité une catastrophe puisque les crises s’enchaînent depuis des années, peu importe ce qu'en disent Jean-Claude Juncker, Angela Merkel ou Emmanuel Macron. Die Linke devra donc concevoir une campagne pour une Europe plus sociale, en pointant, comme le fait la France insoumise, les dégâts des politiques néolibérales sur le plan national de toutes les manières possibles. Identifier protectionnisme économique et protectionnisme identitaire, en revanche, signifie adhérer au discours de la Commission européenne qui présente le politique comme identique à l’économique et à l’éthique (le mot-clé ici étant ici celui de la liberté). Il faudra donc concevoir un consensus de base, la fin de l’austérité, porté unanimement par les différentes gauches européennes, et autour duquel il faudra articuler les différentes luttes nationales. « Il est grand temps que la gauche cesse de considérer l’Europe comme cheval de Troie  du néolibéralisme et qu’elle s’attelle à l’élaboration d’un projet européen de gauche. »[5] Il est grand temps que Die Linke, la France insoumise et leurs pendants européens se mettent donc au travail.[6]

David Weuth

 

[1] http://www.spiegel.de/politik/deutschland/oskar-lafontaine-will-neue-linke-volkspartei-a-1185444.html

Il est intéressant de noter que Lafontaine parle autant d’un « nouveau parti populaire de gauche » que d’un « mouvement rassembleur ». La question est de savoir s’il attribue le même sens aux deux concepts.

[2] La France insoumise n’existe pratiquement pas dans la presse allemande. Le peu d’articles qui ont paru dans les dernières semaines avant le premier tour des présidentielles et autour de la visite de Mélenchon à Berlin font son portrait en ayant recours à un vocabulaire qui permet de le présenter comme un homologue gauchiste de Marine Le Pen.

[3] Ainsi le terme « Arbeiter » (ouvrier) par exemple a été remplacé dans la langue courante notamment par « Arbeitnehmer » (littéralement preneur de travail), une opération linguistique tout sauf innocente sur le plan sémantique puisque le terme implique de manière assez perverse que c’est le travailleur qui reçoit le travail de son supérieur au lieu de le fournir. « Employeur » signifie donc logiquement en allemand « donneur/fournisseur de travail » (« Arbeitgeber »). De plus, le mot pour « bourgeois » et « citoyen » est le même : « Bürger. »

[4] En suivant cette logique on pourrait avancer la thèse que la France insoumise a su canaliser, grâce à ladite ouverture, au moins une partie de l’indignation civique face à la loi El Khomri. Le mouvement qui se veut « gazeux » est après suffisamment « solidifié » pour figurer sur les listes électorales.

[5] Mouffe Chantal, Agonistique : penser politiquement le monde, Paris, Beaux-Arts de Paris, 2014, p. 163.

[6] Les revendications formulées dans la déclaration commune du 22 janvier, publiée en allemand sur le site du groupe parlementaire (https://www.linksfraktion.de/themen/positionspapiere/detail/europa-aus-der-krise-fuehren-ein-neuer-elysee-vertrag/) et en français sur le blog de Mélenchon (https://melenchon.fr/2018/01/22/sortir-leurope-de-crise-nouveau-traite-de-lelysee/) semblent encourageantes. Mais il reste un grand travail de traduction à faire afin de garantir l’entente nécessaire pour une démarche commune efficace.

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Crédit photo
Jean-Luc Mélenchon en visite en Allemagne en 2016 en invitation de Die Linke pour une réunion sur les politiques européennes alternatives. Source: site officiel de Jean-Luc Mélenchon..
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