Une lettre de Lula au Parti travailliste

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Luiz Inácio Lula da Silva
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jeudi 26 septembre 2019
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Chapô
L'ancien président du Brésil, emprisonné suite à un coup d'Etat judiciaire, transmet un message de solidarité au Parti travailliste britannique.

Camarades du Parti travailliste,

A soixante-treize ans, dont cinquante que j'ai consacrés à la lutte contre les inégalités, je me sens rajeuni par ma nomination à la présidence d'honneur du Young Labour [section des jeunes du Parti travailliste, NDLR]. Cet honneur prouve, avant tout, qu'on n'est vieux que lorsqu'on abandonne les rêves de sa jeunesse, et je n'abandonnerai jamais les miens. Cela prouve aussi que l'injustice existe partout et que les luttes ouvrières sont les mêmes partout dans le monde.

L'“austérité” est le mot magique et misérable que les riches utilisent partout pour s'attaquer aux droits et aux réalisations de la classe ouvrière. “Nous devons économiser les ressources, réduire les coûts”, disent-ils, car ils démantèlent l'État et deviennent de plus en plus riches tandis que les pauvres s'appauvrissent de plus en plus. Ainsi en est-il au Royaume-Uni, ainsi en est-il de même au Brésil depuis le coup d'État contre la présidente Dilma Rousseff et l'élection subséquente d'un gouvernement d'extrême droite.

J'ai été un dirigeant syndical, j'ai participé à la création du Parti des travailleurs (PT) et j'ai eu l'honneur d'être élu et réélu président de mon pays. Jamais auparavant un ouvrier d'usine n'avait atteint la plus haute fonction au Brésil. Pour cette raison, j'avais besoin de prouver que la classe ouvrière est capable de gouverner, et que gouverner pour tous, mais avec un soin particulier pour les plus nécessiteux, sera toujours la voie la plus sûre pour construire un pays plus développé et juste.

C'est ainsi que nous avons créé, sous mon gouvernement et celui de la présidente Dilma Rousseff, plus de 21 millions d'emplois. Nous avons obtenu une augmentation de 70 % du salaire minimum. Nous avons créé plus d'universités publiques que jamais auparavant. Nous avons doublé le nombre de jeunes dans l'enseignement supérieur. Nous avons construit des logements populaires pour environ 3 millions de familles. Nous avons sorti 30 millions de personnes de l'extrême pauvreté. Nous avons considérablement réduit la déforestation en Amazonie. Pour la première fois, nous avons retiré le Brésil de la carte de la faim du Programme alimentaire mondial.

C'est pourquoi il y a eu un coup d'État contre le président Rousseff en 2016, et c'est pourquoi j'ai été incarcéré pendant plus de 500 jours sans aucune preuve d'acte criminel. L'élite qui a gouverné le Brésil pendant cinq siècles a fait de moi un prisonnier politique et m'a interdit de participer aux élections de 2018, au mépris de la Constitution brésilienne, et sans tenir compte d'une résolution du Comité des droits de l'homme des Nations unies.

Les conséquences de la montée de l'extrême droite au Brésil se font sentir dans la chair de notre peuple et sont diffusées dans le monde entier à travers des images de l'Amazonie en flammes et des hélicoptères de police qui ne tirent que sur les communautés les plus pauvres de Rio de Janeiro.

Tout cela me cause une douleur immense, mais ne me fait pas abandonner. Un jour, justice sera faite, et je sortirai de prison d'autant plus prêt à me battre pour notre rêve, celui que partagent les jeunes de tous âges : la création d'un monde meilleur.

Merci beaucoup et à bientôt,

Luiz Inácio “Lula” da Silva


Lettre préalablement publiée sur Jacobin. Trad. Europe insoumise.

Photo: Portrait de Lula à La Demeure du Chaos (69), photo Thierry Ehrmann, Flickr. (c) Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0).


 

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Portrait de Lula à La Demeure du Chaos, photo Thierry Ehrmann, Flickr. (c) Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0)
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