Danemark - une victoire de la gauche?

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Jane H. Caelinnan
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mardi 11 juin 2019
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Chapô
Les dernières élections législatives au Danemark ont abouti à un changement de majorité et à un bouleversement des forces politiques au Parlement. En épousant les arguments anti-immigration de l'extrême droite pour parvenir à la première place, les sociaux-démocrates ont chamboulé le jeu d'alliances traditionnel du pays.

Au Danemark, ce mercredi 5 juin (jour de la Constitution là-bas), ont eu lieu les élections législatives, quelques semaines tout juste après les élections européennes. Repoussées jusqu’au dernier moment par l’impopulaire gouvernement de droite dans l’espoir d’une embellie dans les sondages, elles se sont traduites par un changement radical dans le paysage politique danois, avec la victoire de la « gauche » et le parti social-démocrate en tête, ainsi que par un effondrement de l’extrême droite.

Le précédent gouvernement, une coalition entre les partis de droite menée par Venstre (19,5 %) était soutenu par l’extrême droite du Parti du peuple danois (Danske Folkeparti) au parlement. En 2015, ces derniers étaient arrivés en seconde place après les sociaux-démocrates et avaient obtenu près de 21 % des voix au parlement national. Ce score très important du parti d’extrême droite était lié en partie au transfert des voix de certains électeurs sociaux-démocrates, déçus du précédent gouvernement social-démocrate de Helle Thorning Schmidt.

Soucieux donc de regagner des voix perdues à l’extrême droite, le parti social-démocrate a durci son programme en matière d’immigration, au point de le rendre difficilement différenciable de celui de l’extrême droite. Approbation de la confiscation des biens des migrants, vote des lois anti-ghettos et anti-burqa, durcissement des conditions d’accueil dans des « centres de rétention » souvent comparés à des prisons, abstention lors de la création de l’île-prison de Lindholm où sont rassemblés les migrants dont la demande d’asile a été refusée, non expulsables vers leur pays d’origine, ou ceux ayant commis des délits. Si bien que le Danske Folkeparti, en plus d’avoir soutenu un gouvernement assez impopulaire, n’avait plus grand chose à dire pour se différencier des autres formations politiques, et s’est donc complètement effondré dans les urnes, passant de 21 à 8,7 % et perdant 21 sièges… Quand on considère en plus l’effondrement de l’Alliance libérale, traditionnels alliés de la droite, il semble impossible pour la droite de Venstre, malgré son gain de 9 sièges, d’espérer gouverner.

 

Résultats des élections législatives danoises (code couleur ici), de gauche à droite avec plus d'un siège : Enhedslisten, SF, SoDem, Ålternativet, Radikale, Alliance Libérale, Venstre, Chrétiens Démocrates, Danske Folkeparti, Nye Borgerlige  (WikiMédia) 

 

 

Cependant si les sociaux-démocrates ont récupéré une partie de leurs votes passés à l’extrême droite, ils ont aussi provoqué le départ du bloc de gauche de leurs électeurs, en colère du soutien de leur parti aux politiques anti-immigration du gouvernement danois, et ont en réalité même perdu un point par rapport à 2015.
Aussi, un des partis qui a considérablement bénéficié de ces élections est le parti Radikale, passé de 4 à 8 % des voix, qui est un parti de « centre gauche » social-libéral qui a voté contre toutes les lois anti-immigration : il semble en toute hypothèse qu’une partie des électeurs sociaux-démocrates y aient reporté leur vote.

Les sociaux-démocrates vont donc probablement devoir tempérer leur politique migratoire s’ils veulent pouvoir gouverner. D’autant que les deux autres partis qui traditionnellement soutiennent les gouvernements sociaux-démocrates, SF et Enhedslisten (résultats plutôt stable pour Enhedslisten à 7 %, en hausse pour SF à 7,7 %) sont eux aussi contre une politique anti-immigration. Une autre bonne nouvelle est que SF, Enhedslisten et Radikale, sont tous trois très demandeurs en matière de combat contre la crise climatique, beaucoup plus en tout cas que les sociaux-démocrates, et devraient donc pousser en ce sens dans les négociations. Les autres grandes demandes des partis de gauche sont un changement de politique économique (contre l’austérité et le démantèlement des services et entreprises publiques) et plus de soutien à la petite enfance.

La formation d’un gouvernement s’annonce donc complexe pour Mette Frederiksen, tête de file des sociaux-démocrates et donc probable future première ministre du Danemark.

 

A ce paysage il faut aussi ajouter l’entrée au parlement national d’un nouveau venu dans le paysage de l’extrême droite danoise, Nye Borgerlige, plus dur encore, si c’était possible, que le Danske Folkeparti, et – fort heureusement – la non-entrée du raciste  Rasmus Paludan et de son parti Stam Kurs au parlement, bien que celui-ci ait tout de même obtenu 1,8 % (il faut 2 % pour être élu au parlement danois).

 

 

Jane H. Caelinnan

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Wikimedia Commons (Photo de Leif Jørgensen)
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