Echauffourées à Copenhague : quand les racistes provoquent les quartiers

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Jane H. Caelinnan et Johannes Sechs
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jeudi 25 avril 2019
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Chapô
De récentes émeutes dans les quartiers populaires de Copenhague ont pour origine l’agitation raciste d’un groupuscule d’extrême droite, Stram Kurs. Son meneur, Rasmus Paludan, a dans le collimateur le mouvement Black Lives Matter, et a l’intention d’en découdre avec tout ce qui de près ou de loin ne ressemble pas à un Danois.

 

Depuis dimanche 14 avril, on a pu voir des scènes d’émeutes dans Copenhague : mais que s’est-il donc passé ? Tout ce chaos a pour déclencheur un homme : Rasmus Paludan.

 

Cet avocat est le créateur et leader du parti Stram Kurs (Ligne Stricte), créé il y a un an et demi, qui demande à ce que l’islam soit purement et simplement banni du Danemark et que le Danemark soit réservé aux Danois « de souche » et aux Occidentaux. Pendant ses études, ce charmant personnage se promenait dans les rues de Copenhague pour prendre en photo et mettre sur son site, “kriminelle.dk”, les visages de personnes surprises en train de commettre des incivilités, comme par exemple des cyclistes ou des piétons passant au rouge. Si jamais ceux qu'il photographiait ainsi s’en plaignaient avec trop de virulence ou réagissaient de façon violente, il appelait la police et les poursuivait alors au tribunal.

Depuis, lui et son parti organisent des manifestations un peu partout dans Copenhague, mais surtout dans les quartiers dits « sensibles » (sur la « ghetto-liste » de Copenhague dont nous vous avions parlé ici) et réalisent des vidéos où ils assimilent les musulmans à des homosexuels ou des pédophiles et traitent les gens de « rebuts de la société ». Quant au Coran, ils l'appellent « Le Grand Livre de la putain » (voir leur chaine Youtube, que nous vous épargnerons ici)  et  organisent des séances pour le brûler ou l’asperger d’urine, le tout au nom de la « liberté d’expression ».

Les « manifestations » organisées par cet énergumène, qui dégénèrent souvent, ont déjà coûté à l'état danois près de 24 millions de couronnes entre 2018 et 2019 (3.2 millions d’euros), à cause de l'extrême protection policière qu'elles requièrent. La police est par ailleurs régulièrement accusée d’avoir de la sympathie pour Rasmus Paludan et ses manifestations.

 

Tout récemment, celui-ci a été condamné pour racisme après avoir publié une vidéo tournée devant le domicile de la fondatrice et porte-parole du mouvement Black Lives Matter Danemark, Bwalya Sørensen, dans laquelle il clame que les noirs ont une intelligence inférieure à celle des blancs. Pour se venger de Mme Sørensen, qui s’est chargée de la plainte, il a divulgué son adresse personnelle sur les réseaux sociaux et a voulu organiser une démonstration de force contre ce qu’il qualifie d’entrave à la liberté d’expression, en appelant à manifester  devant la station de bus voisine de son domicile personnel, à Albertslund, une petite ville tranquille à 30 minutes de train de Copenhague… Il aurait été difficile de ne pas faire le lien, et pourtant, la manifestation avait été déclarée et, dans un premier temps, autorisée par la police !

La manifestation de M. Paludan a finalement été interdite par la police pour éviter un trouble à l’ordre public. Cela ne l’a pas empêché de jouer à l’ homme fort en publiant un communiqué vidéo sur la page Facebook de son parti, dans laquelle il prétend se trouver à la manifestation et en remet une couche sur l’infériorité intellectuelle de certaines populations, qu’il affirme être scientifiquement prouvée. Tout cela au lendemain d’émeutes causées en réaction à l’une de ses manifestations dans le quartier à population multi-ethnique de Nørrebro, où il a cru bon de jeter des Coran par terre, provoquant en réponse des feux de poubelles, des jets de feux d’artifices, et des violences envers la police. La police a alors répliqué par des gaz lacrymogènes et a dû intervenir toute la nuit.

Face à cette situation et en réaction à l'appel à manifester de Paludan, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées le lundi suivant devant le domicile de Bwalya Sørensen pour la soutenir.  Au travers de Black Lives Matter Danemark, celle-ci milite pour plus de justice envers les personnes non-blanches dans les prisons et institutions danoises, et notamment en faveur des migrants et réfugiés. La nuit précédant la manifestation avortée de Paludan devant son domicile, sa résidence avait déjà été vandalisée. Pendant cette manifestation de soutien, elle a essayé de désamorcer les tensions entre police et jeunes, tout en demandant à ce que la police soit tenue responsable de ses actions. Malgré cela, les échauffourées ont repris dans Albertslund. Des dizaines de personnes ont été arrêtées.  

 

Depuis ces événements, si Paludan a été interdit de manifestation à Copenhague, il a pu continuer son cirque dans d’autres villes plus petites, et 4 personnes ont été arrêtées pour des troubles à Frederiksberg (ville voisine de Copenhague). Depuis dimanche, malgré tout, cette interdiction de manifester dans la capitale a été levée. Son parti, lui, a depuis enregistré une forte hausse de déclarations d’électeurs (nécessaires pour se présenter aux élections législatives danoises).

 

L’immigration, et le racisme et la xénophobie qui en découlent, sont des sujets déjà très sensibles au Danemark où le gouvernement de coalition de droite, minoritaire, est appuyé par l’extrême droite populiste (et a donc besoin de celle-ci) et où les lois “anti-ghettos” visant des populations immigrées viennent récemment d’être adoptées - avec le soutien des sociaux-démocrates, qui cherchent à récupérer les voix perdues et passées à l’extrême droite. Dans ce pays à l’origine de l’histoire des caricatures de Mahomet, les vieux débats sur la liberté d’expression et ses limites se trouvent ravivés).

Tout cela au moment où vont être annoncées les dates des élections législatives, et où les partis essaient donc de courir après l’extrême droite en pensant lui reprendre des voix. Voilà qui explique en partie l’impunité dont semble bénéficier le provocateur Paludan pour organiser ses infâmes « manifestations » dans le but de jeter de l’huile sur le feu et de réussir une entrée au Parlement…

 

Jane H. Caelinnan et Johannes Sechs

 

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Photo par Arc1977 (Wikimedia Commons)
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