Sécurité européenne : pourquoi il ne faut plus la confier aux États-Unis

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Olivier Garcia
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jeudi 15 novembre 2018
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En se retirant brusquement d’un traité de non-prolifération nucléaire avec la Russie, Donald Trump fait à nouveau craindre une escalade des tensions. Dans ce contexte, de plus en plus d’Européens plaident pour une Europe plus unie et autonome.

Lorsqu’il s’agit de défendre sa souveraineté, l’Amérique de Donald Trump est intraitable. Le locataire de la Maison blanche l’a une nouvelle fois démontré en se retirant du traité INF (Intermediate Nuclear Forces Treaty), un accord de non-prolifération nucléaire avec la Russie datant de la fin de la Guerre froide. Washington accuse Moscou d’avoir violé l’accord en déployant son nouveau système de missiles 9M729, capables de frapper une cible distante de 500 à 5 500 km, ce qu’interdit le traité INF.

Reste que les Russes ne voient pas les choses de la même manière. « Non seulement nous ne violons pas le traité, mais nous le respectons de la façon la plus stricte. Et nous avons fait preuve de patience au fils des années face à de flagrantes violations du traité par les États-Unis eux-mêmes », a dénoncé le vice-ministre russe des affaires étrangères Sergueï Riabkov. Et d’ajouter : « Si les États-Unis continuent à agir de façon maladroite et grossière et à se retirer unilatéralement de traités internationaux, alors nous n’aurons pas d’autre choix que de prendre des mesures de rétorsion, y compris impliquant la technologie militaire. » Il est vrai que le geste brusque de Donald Trump rappelle le retrait américain de l'accord de Paris sur le climat, celui du traité Transpacifique ou encore celui de l'accord sur le nucléaire iranien.

Incompréhension européenne

Une méthode brutale qui n'a rien perdu de sa puissance déstabilisatrice et qui n’a pas épargné les Européens. Déjà pendant la campagne présidentielle, l'homme d'affaires plaidait pour une prise de distance par rapport à une « Europe socialiste » qui était selon lui à l'origine de la crise financière de 2008. Il prétendait également que l'euro avait été « mis en place pour nuire aux États-Unis ». S'attaquant à l'OTAN, organisation qu'il considérait comme « obsolète », M. Trump n’avait cessé de critiquer les « faibles dépenses de défense » de ses « alliés » européens, qu’il voyait comme des « leaders faibles », notamment face au terrorisme. Chacun se souvient enfin de la réaction du président américain à l’issue du référendum britannique sur le Brexit, dont le résultat confirmait l'image d'une Europe faible et divisée, telle qu'il avait pris l'habitude de la décrire.

C’est donc tout naturellement que les déclarations récentes de la ministre allemande de la défense, Ursula von der Leyen, ont suscité l’incompréhension de ses homologues. L’incident a eu lieu début septembre, dans le cadre de la 16e Université d’été de la défense, consacrée à l’autonomie stratégique de l’Europe. Alors que la France se félicitait de la création de l’Initiative européenne d’intervention (IEI), qui vise à « favoriser l’émergence d’une culture stratégique européenne », la ministre allemande a estimé que « l’OTAN reste indispensable pour la défense collective et la sécurité de l’Europe ».

« Sous-traiter » la sécurité européenne aux États-Unis

Or, comme le souligne Michel Cabirol, rédacteur en chef à La Tribune, dire que l’Europe de la défense reste l’affaire de l’OTAN revient à dire qu’elle reste l’affaire de Washington. Ce qui ne semble pas déplaire à certains Européens. « Tout comme l’Allemagne, qui n’a pas encore de culture d’autonomie stratégique, de nombreux pays qu’ils soient au sud, au nord ou à l’est de l’Europe, n’ont aucun état d’âme ni de regret à sous-traiter leur sécurité aux Etats-Unis », déplore M. Cabirol. Il en veut pour preuve « les choix sur des programmes majeurs de souveraineté nationale en Belgique, aux Pays-Bas, au Danemark, en Italie et au Royaume-Uni en faveur du F-35 ainsi qu’en Suède, en Pologne et en Roumanie pour le système de défense aérien Patriot ».

Bien qu'engagée dans une politique de désarmement nucléaire, la Belgique abrite par ailleurs des bombes nucléaires américaines et fait figure de bras armé des États-Unis. « Les États-Unis de Donald Trump se servent de nous pour étendre leur puissance de feu en Europe, sous couvert de l'OTAN », dénonce un collectif belge ayant lancé une pétition pour demander le retrait de ces bombes. Un combat d'autant plus urgent que « Washington vient de lancer un programme de modernisation de sa bombe nucléaire B-6112, et cherche à nous vendre son F-35 pour pouvoir continuer à faire des Belges la mule de leur bombe nucléaire ».

Mais si ce collectif s’inquiète de voir la Belgique « reléguée au rang de pantin, d'idiot utile », c'est bien la possibilité de continuer à construire la paix dans le monde entier qu'il s'agit de défendre. Car si l'Union européenne ne ressent actuellement aucun intérêt à sortir de l'OTAN, ce qui risquerait de l'isoler sur la scène internationale, et la rendrait plus vulnérable face à une posture militaire de plus en plus agressive de la part de la Russie, le maintien dans cet organisme qui pousse à l’antagonisme avec Moscou est tout aussi problématique. Aussi doit-elle mettre au point sa propre politique de défense et mettre en oeuvre les moyens d'assurer à l'avenir sa propre sécurité avant d’envisager une possible sortie de l’OTAN.

Olivier Garcia

 

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Soldats de l'OTAN présentant leurs drapeaux lors d'une cérémonie le 5 août 2014. Source: Wikimedia Commons.
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