Comment les nationalistes votent deux fois

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Jérôme Bachelier
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dimanche 11 novembre 2018
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Chapô
Cent ans après l'armistice, les nouvelles frontières tracées par les vainqueurs ont eu pour résultat d'intégrer de nombreuses populations à des États dans lesquels elles se sont senties étrangères. Des bords de la mer Noire à la Géorgie, en passant par les montagnes de la province de Bolzano, les nationalistes transforment ce malaise historique en outil électoral permettant de redoubler le nombre de leurs électeurs.

Imaginez la place du Château à Strasbourg remplie de militants politiques. Sur cette place devant la cathédrale du XVe siècle se tient une scène sur laquelle le chancelier allemand de l'Union (CDU/CSU) qui gouverne avec l'extrême droite Alternative für Deutschland (AFD), s'exprime en allemand. Il est venu annoncer la possibilité aux descendants de citoyens de l'empire allemand d'avoir un passeport allemand. Il promet de participer au budget des écoles bilingues français-allemand dans la région Grand Est. Le successeur au micro n'est autre que le ministre de l'intérieur allemand, président de l'AFD. Il accuse le pouvoir centralisé français d'avoir abandonné sa population, d'avoir laissé les islamistes construire leurs mosquées avec leurs impôts alors que les usines fermaient pour ouvrir au Maghreb. Il s'attaque à ceux qui voudraient renier les origines chrétiennes de l'Europe, à ceux qui voudraient remettre en cause le concordat d’Alsace-Moselle. Il en appelle à une nouvelle Europe, celle des régions décentralisées, fidèles à leur origine et à leur identité. La place applaudit, des drapeaux européens flottent à côté des drapeaux rouge et blanc de l'Alsace. Sur la scène, Heinz-Christian Strache, président du parti d'extrême droite Parti de la liberté d'Autriche (FPO), est lui aussi venu soutenir Jacques Cordonnier, président d'Alsace d'abord, parti proche du Bloc identitaire pour les élections régionales. Cette réunion a été rendue possible grâce à l'initiative de Steve Bannon, qui a lancé un grand mouvement identitaire trans-européen contre l'arrivée des migrants. Il n'est pas là ce soir mais son visage apparaîtra sur une courte vidéo sur un écran placé sur la scène.

Cette scène ne s'est jamais passée. Néanmoins ce n'est peut-être qu'une question de temps. La remise de passeports à certaines minorités nationales dans de nombreuses régions est utilisée depuis des années pour remémorer de vieilles cicatrices tracées sur des territoires où les frontières ont délimité d'un côté les perdants dans leur territoire national et les double perdants dans une autre entité nationale. Les partis nationalistes utilisent ces ressentiments pour en faire une arme électorale qui leur permet de faire d'une pierre deux coups.

L'Ossétie du Sud, double passeport pour double victoire

En 2003, après l'arrivée au pouvoir de Mikheil Saakachvili au poste de président de la Géorgie, la Russie de Vladimir Poutine semble inquiète du désir de rapprochement avec l'OTAN du nouveau pouvoir géorgien. La Géorgie possède deux régions autonomes depuis l'effondrement de l'Union soviétique : l'Abkhazie et l’Ossétie du Sud (l’Ossétie du Nord se situant en Russie).

Moscou décide alors de faciliter l'obtention de la nationalité russe pour les ressortissants des anciens pays de l’Union soviétique. Si l’un de ces derniers n'a pas accédé à la nationalité d'un autre pays, alors il peut demander la nationalité de la fédération de Russie. De nombreux citoyens de la région de l’Ossétie du Sud décidèrent alors de faire les démarches pour accéder à la nationalité russe. En août 2008, les troupes géorgiennes décident de lancer l'assaut pour retrouver la souveraineté de l’État géorgien sur tout son territoire. Le président russe d’alors, Dimitri Medvedev, décide d'intervenir pour protéger ses concitoyens. Les troupes géorgiennes sont défaites par les troupes russes. L’Ossétie se déclare indépendante et est reconnue en tant que telle par la Russie, qui affirme pour sa part « assurer la sécurité » de l’Ossétie du Sud.

Depuis, les différentes élections locales en Ossétie du Sud ont toujours couronné des candidats pro-russes. En octobre 2015 le président Leonid Tibilov déclare vouloir organiser un référendum pour rattacher son pays à la fédération de Russie. Dans cette petite république du Caucase ou vivent 53 000 habitants, 17 800 habitants munis d'un passeport russe se sont déplacés pour aller voter aux élections de la fédération de Russie en mars 2018. 92,8 % ont voté pour Vladimir Poutine dans une région où 90 % de la population possède un passeport russe en plus de la citoyenneté georgienne. Lors des élections présidentielles d'avril 2017, 54 % des inscrits ont voté pour le candidat pro-russe Anatoly Bibilov, devant le candidat sortant pro-russe Leonid Tibilov à 34 %.

Aux deux élections, la russe et l’ossète, les nationalistes russes ont réussi à obtenir des scores au-delà des 85 %. Des victoires écrasantes rendues possibles par des méthodes qui ne demandaient qu'à être exportées.

La Pologne s'inspire de ses voisins

En Pologne le parti au pouvoir Droit et Justice (PiS) n'a pas encore décidé de délivrer des passeports aux descendants polonais de la république des Deux-nations (appelée également république de Pologne-Lituanie)  qui s'étendait du XVIe au XVIIIe siècle sur une partie de l'Ukraine, une partie de la Russie occidentale, la Biélorussie et les pays baltes. Néanmoins, le gouvernement polonais de Jarosław Kaczyński avait accordé en septembre 2007 aux anciens nationaux polonais de l’Union soviétique une carte polonaise (Karta Polaka) – en URSS, la citoyenneté était distincte de la nationalité, on pouvait donc être citoyen soviétique tout en étant de nationalité géorgienne, russe, ukrainienne… Le détenteur de cette carte est dispensé, au même titre qu'un citoyen polonais, de faire la demande d'un permis pour pouvoir travailler, créer une société, faire un doctorat, prendre part aux autres formes d'enseignement (préscolaire, primaire, secondaire), et il bénéficie en outre de différents autres avantages. Pour obtenir cette carte, le demandeur doit déclarer appartenir à « la nation polonaise ». Il doit prouver sa relation avec la Pologne par une connaissance de base de la langue polonaise, en montrant un lien de parenté avec un ancien citoyen polonais ou qui avait la nationalité polonaise, ou une attestation d’une organisation de la diaspora polonaise.

Mais depuis 2017, le nouveau gouvernement du PiS élu en 2015 a décidé d’attiser les tensions avec ses pays voisins, où vivent des milliers de membres de la minorité polonaise, en intégrant dans les nouveaux passeports des illustrations de monuments situés hors de son territoire actuel. L'une de ces illustrations représente une chapelle en Ukraine qui se situe dans un mémorial commémorant le massacre de Volhynie. Entre 1942 et 1945 des nationalistes ukrainiens et la division SS ukrainienne massacrèrent entre 35 000 et 80 000 civils dans les régions frontalières de la Pologne d'aujourd'hui. L'autre illustration posant problème est celle de la porte de l'Aurore à Vilnius, en Lituanie. Appelée Wilno en polonais et peuplée majoritairement de polonais jusqu'en 1945, la porte de l'Aurore est un lieu de pèlerinage pour les catholiques polonais. Aujourd'hui 200 000 personnes appartenant à la minorité polonaise vivent en Lituanie, 295 000 en Biélorussie et 150 000 en Ukraine. Si cela ne représente pas un nombre très important, on a déjà vu des élections basculer pour moins que ça. Rien d'étonnant à ce que Jarosław Kaczyńskie, dirigeant de facto de la Pologne d'aujourd'hui, ait déclaré en 2011 : « Le jour viendra où nous gagnerons et où nous aurons à Varsovie [ce qui a été mis en place par Orbán à] Budapest. »

La Hongrie, le laboratoire de la droite nationaliste

À Budapest en effet, Viktor Orbán, premier ministre hongrois depuis 2010 après avoir déjà occupé le poste entre 1998 et 2002, a compris depuis quelques années l'utilité électorale de la remise de passeports aux minorités hongroises vivant à l’étranger. La minorité magyare représente plus de 2,4 millions de membres dans les territoires frontaliers pour une population de 9,7 millions dans la Hongrie actuelle. En Roumanie, 1,4 million de personnes appartiennent à cette minorité, en Slovaquie 520 000, en Serbie 239 000 et en Ukraine 156 000. Lors du traité de Trianon de 1920 qui suit la première guerre mondiale, l'Empire austro-hongrois est dissous. Deux tiers des territoires de la Hongrie sont perdus et 30 % de la population hongroise se retrouve hors de ses nouvelles frontières. Orbán décide de commémorer la journée de la signature du diktat. Ainsi le 4 juin est devenu en 2010 la « journée de l’Unité nationale », où on apprend aux écoliers qu'ils sont des perdants et qu'une partie de leurs concitoyens habitent en dehors des frontières où ils ne peuvent parfois pas parler leur langue maternelle pendant leur scolarité. Des défilés en costumes traditionnels sont organisés, non seulement en Hongrie mais dans de nombreux pays voisins où vivent des membres de la communauté magyare. Le parlement déclara lors de cette adoption de la loi commémorant le 4 juin : « Tous les membres et communautés de Hongrois qui sont sous l'autorité de plusieurs États font partie de la nation hongroise unifiée, dont l'unité au-delà des frontières des États est une réalité et constitue en même temps l'élément décisif de l'identité personnelle et communautaire hongroise. »

Des propos qui s'inscrivent dans la loi « sur le statut » votée par le parti d'Orbán, le Fidezc, en juin 2001, qui confirme l'article 6 de la Constitution révisée en 1989 qui stipule que la république de Hongrie est responsable du « sort des Hongrois résidant hors de son territoire et promeut et soutient leurs relations avec la Hongrie ». Cette loi redéfinit le concept de nationalité, puisque est Hongrois celui qui est « en relation avec l'héritage culturel hongrois ». La référence de la nation n'est donc plus territoriale mais culturelle. Elle a pour but de fournir une assistance aux minorités hongroises hors de son territoire. Cette loi provoquera des tensions avec les voisins de la Hongrie, mais, après d’âpres négociations, des accords bilatéraux permettront à la Hongrie d’appliquer une partie de ces dispositions.

Néanmoins, en 2010, une nouvelle loi ira encore plus loin pour permettre à un plus grand nombre d'individus de demander assistance à l'État hongrois en leur facilitant l'accès à la nationalité hongroise et du même coup au droit de vote. Ainsi, pour pouvoir bénéficier de la nationalité, il leur faudra prouver avoir « eu eux-mêmes ou leurs ascendants la nationalité hongroise ». Aucune limite dans le temps n'est indiquée dans la loi. Il faudra prouver « une connaissance de la langue », ce qui n'est aucunement un problème pour les nombreux membres des minorités magyares vivant à l’étranger. Une copie d'acte de naissance d’un ascendant datant de l'Empire austro-hongrois, accompagnée d'une connaissance de la langue hongroise, vont ainsi permettre à des dizaines de milliers de personnes de participer aux élections du territoire voisin de celui où ils habitent. Orbán ne passe pas ces différentes lois sans intention électorale.

Dès 2001 la loi « sur le statut » permet à un Hongrois avec plus de deux enfants de bénéficier d'une aide éducative ou d'une bourse pour des études supérieures si la scolarisation s'effectue en langue hongroise. Des projets de rénovations d'écoles pour permettre l'éducation en hongrois seront parfois mêmes accompagnées de construction de logements gratuits destinés aux seuls membres de la communauté magyare. Rien d'étonnant alors à ce que plus d'un million de personnes aient voulu accéder à la nationalité hongroise depuis la mise en place de ces différentes dispositions législatives. Entre 2010 et 2014, le budget de soutien aux minorités hors des frontières est multiplié par 10 (100 milliards de florins hongrois, soit 300 millions d’euros). Conséquence : lors des élections législatives du 8 avril 2018, 378 000 Hongrois de l’étranger s’étaient inscrits et pouvaient voter sur la liste nationale.

Dans la ville frontalière de Satu Mare entre la Roumanie et la Hongrie où vivent 120 000 Roumains, un tiers de la population possède la double nationalité. Le maire de la ville, Gábor Kereskényi, membre de l'Union démocrate magyare de Roumanie (UNDMR), déclarait en janvier dernier :

«  Il est très important de garder à l'esprit que le maintien des contacts avec le gouvernement hongrois sert la survie et la préservation de la population hongroise à Satu Mare. Nous voulons que le gouvernement dirigé par Orbán continue à travailler de 2018 à 2022. Nous soutenons donc pleinement le gouvernement national dans ce domaine. J'exhorte tous les citoyens hongrois à s'inscrire aux élections. »

Comme dans de nombreuses villes où vit une importante communauté magyare (Târgu Mureș, Sfântu Gheorghe, Târgu Secuiesc, Miercurea Ciuc…), les chefs de l'exécutif local ou les élus locaux sont issus du parti UDMR ou d’autres partis identitaires magyars et soutiennent Viktor Orbán. Lors des dernières élections, 225 000 Hongrois de l'étranger ont pris part au scrutin, et 96 % d’entre eux ont voté pour le Fidesz.

Une double victoire pour les nationalistes hongrois qui renforcent leur camp idéologique en Hongrie ainsi que dans les pays limitrophes.

Le Tyrol du Sud, prochaine proie des nationalistes pour le double vote

Dernière halte, il faut remonter les rives du Danube et s'arrêter à Vienne pour s'apercevoir que la méthode du « double vote » – qui ne consiste pas à faire voter deux fois un même individu, mais à donner le droit de vote à un individu qui ne vit pas dans l'État où se déroule les élections – va apparaître vraisemblablement en Europe de l'Ouest dans quelque temps. Le nouveau chancelier d’Autriche Sebastian Kurz, du Parti populaire autrichien (OVP), a décidé de reprendre une proposition de l'extrême droite qui consiste à offrir la double nationalité aux habitants germanophones et ladinophones (une langue locale d'origine romane) de la province de Bolzano. Cette province, appelée Südtirol par les germanophones, se retrouve rattachée à l'Italie victorieuse à la suite de la défaite de l'Empire austro-hongrois et du traité de paix de Saint-Germain-en-Laye en 1919. À cette époque, 90 % de la population y est germanophone, contre 3% d'italophones. En 2011, 70% des habitants se déclaraient germanophones contre 26 % d’italophones et 4 % de ladinophones. En 1972, un statut d'autonomie est accordé à la province, accordant la possibilité de conserver 10 % des impôts levés. Les postes dans la fonction publique sont accordés en fonction du pourcentage de personnes qui se déclarent soit germanophones, soit italophones, soit ladinophones. Pourcentage qui s'appuie sur une déclaration remplie par les habitants de la province de Bolzano à l'âge de 18 ans. La population de la province est de 508 000 habitants. Lors des élections provinciales du 21 octobre 2018, 293 000 électeurs se sont déplacés aux urnes. Le Parti populaire sud-tyrolien (Südtiroler Volkspartei), soutenu par Sebastian Kurz, est arrivé en tête avec 42 %. En quatrième position, Liberté sud-tyrolienne (Süd-Tiroler Freiheit), qui milite pour un référendum de rattachement à l'Autriche, a fait 6 %. La Ligue du Nord (Lega Nord) de Salvini réalise un score de 11 %. Si on additionne en nombre de voix ces différents partis, auxquels on pourrait rajouter d'autres voix de partis moins importants, on arrive à un nombre de 167 000 personnes susceptibles de faire des démarches pour accéder à la double nationalité. Pour l'Autriche, qui a compté 5 120 879 votants aux dernières élections législatives, c'est un nombre qui peut faire basculer une majorité.

Quid d'une « citoyenneté européenne » ?

Dans cette Europe qui bascule de plus en plus vers l'extrême droite, la question de la souveraineté européenne brandie par le président Emmanuel Macron comme une solution à  la crise démocratique actuelle semble ignorer complètement la question fondamentale de ce qui définit la citoyenneté. Dans le cas de la Russie, c'est sur une appartenance à une entité disparue lors de l'effondrement de l'Union soviétique que s'appuie le pouvoir de Moscou. En Hongrie, en Autriche, cette citoyenneté semble devoir s’appuyer sur une langue, une culture et parfois une religion distincte, qui dépassent les frontières actuelles de ces pays mais qui remontent également aux anciens empires disparus après la première guerre mondiale.

On peut remarquer une grande différence dans la définition de la citoyenneté entre les pays de l’Europe de l'Est qui s'appuient sur le critère de la définition d’un groupe ethnique particulier, et la France qui à l’Ouest s'appuie pour ce faire, au-delà des différentes langues et cultures qui la composent, avant tout sur un pacte républicain. Croire que mélanger ces différents groupes et conceptions de la citoyenneté pour construire une hypothétique « citoyenneté européenne », et ce tout en détruisant les droits sociaux dans tous les pays, n’allait pas faire revenir la question des identités nationales a été une erreur des libéraux dans laquelle les nationalistes se sont engouffrés. La question de la citoyenneté et de ce qui unifie un peuple semble aujourd'hui une question que nous, Français, avons déjà tranchée il y a 200 ans lors de notre Révolution fondatrice. À ce titre, les questions d'identité basées sur les traditions, les langues ou les religions sont de véritables retours en arrière pour notre nation. La remise de la double nationalité dans ces nombreux territoires est aussi le symptôme de traités de paix qui n'ont pas donné aux vaincus la réalité effective du principe du « droit des peuples à disposer d'eux mêmes ». Plus de 100 ans après les traités de paix de la première guerre mondiale, des groupes importants de population deviennent des outils électoraux pour satisfaire de nouveaux despotes affaiblis dans leurs propres États. Dans certains cas, notamment la Russie, ces attributions de double nationalité ont contribué à des conflits (Crimée, Donbass, Ossétie du Sud, Abkhazie).

La question du vote des citoyens résidant à l'étranger doit être posée. Est-il acceptable de donner la nationalité ou la citoyenneté à des individus qui n’ont jamais vécu dans un État ? Est ce qu'une personne, au-delà d'un certain temps passé dans un autre État, ne doit pas disposer du droit de vote dans la nation qui l’héberge, tout en perdant celui dans celle dont il vient ? Par exemple, les Canadiens résidant plus de 5 ans à l'étranger ne peuvent plus voter aux élections nationales canadiennes. Ne serait-il pas possible de créer des accords entre certains pays, idéalement de manière multilatérale, qui permettraient de donner le droit de vote aux ressortissants étrangers dans les États où ils résident, après un certain délai, tout en accordant un droit de réciprocité aux citoyens de l'État en question pour éviter des résultats biaisés ?

Car il y a bien un gonflage des urnes au profit des nationalistes qui donnent le droit de vote à des citoyens d'un autre pays alors que ces derniers ne vivent pas ou ont vécu à une période éloignée dans le territoire concerné par le vote. Nombre de Hongrois de Roumanie n'ont jamais vécu en république de Hongrie, les Ossètes n'ont jamais vécu dans la Fédération de Russie... Et l'objectif des nationalistes n'est pas de récupérer ces territoires mais bien d'en faire des viviers d'électeurs pour répondre à leurs ambitions politiques. Cela se fait en contournant la souveraineté de leur propre peuple tout en utilisant ce même concept de souveraineté à des fins électoralistes. De nombreuses personnes naissent également dans des États sans accéder à la citoyenneté de cet État, alors que leurs parents eux-mêmes sont parfois nés dans ces États où ils résident depuis de nombreuses années. En Union soviétique comme dans l’Empire austro-hongrois, la citoyenneté se transmettait selon le droit du sol et la nationalité selon le droit du sang. Chaque État décide de ses propres conditions de citoyenneté en fonction de la situation politique dans laquelle il se trouve, et non en fonction de règles établies de manière multilatérale. Là aussi, ne serait-il pas temps de combler un vide juridique par la construction d'un droit international pour éviter que l'histoire ne se répète? N'oublions pas qu'Adolf Hitler utilisa la question de la minorité allemande en Tchécoslovaquie pour envahir la région des sudètes. Le 21 octobre 1938, les habitants de ces régions reçurent tout d'abord la citoyenneté du Reich avant de voir arriver la Wehrmacht.

Jérôme Chakaryan-Bachelier

 

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Stolbovsky. Kremlin http://www.kremlin.ru/events/president/news/52908/photos
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