La liberté du renard

Created by
Jean-Paul Demoule
Created
mardi 6 novembre 2018
Categories
Chapô
Le néolibéralisme veut appliquer le principe de "concurrence libre et non faussée" dans tous les domaines: non seulement celui des entreprises privées et du commerce international, mais aussi celui des politiques publiques. Qu'en est-il par exemple des politiques culturelles, ou de la recherche scientifique? Jean-Paul Demoule, archéologue spécialiste du néolithique, nous livre une réflexion sur les méfaits de la "liberté d'entreprise" dans le domaine de l'archéologie préventive.

Freedom, « Liberté », ainsi s’affiche ces temps-ci en Méditerranée un yacht de luxe de ce nom, avec ses 70 m de longueur, ses 23 membres d’équipage, ses 8 cabines prévues pour en tout 12 passagers, et qui peut atteindre une vitesse de 14 nœuds (26 km/h). De quelle « Liberté » s’agit-il, en fait ? De celle du « renard libre dans le poulailler libre », selon une formule célèbre ? Ce navire de luxe croise-t-il parfois en Méditerranée les embarcations surchargées et prêtes à sombrer de réfugiés venus des côtes africaines ou proche-orientales, dont plusieurs milliers meurent chaque année, noyés ? Et que fait-il alors ou que ferait-il, nonobstant les lois de la mer ?

Il y eut un naufrage célèbre, il y a quelque trente années, celui du ferry Herald of Free Enterprise – en français le « Héraut de la libre entreprise » –, qui assurait la traversée entre Zeebrugge et Douvres pour la compagnie Townsend Thoresen. « Liberté », donc, ici aussi. Personne n’ironisa sur le nom, que les médias français ne traduisirent pas (qu’auraient donné alors, sur ces mêmes médias, les commentaires sur le naufrage d’un navire soviétique qui se serait intitulé « Triomphe du communisme » ou « Victoire du prolétariat » ?). Il n’y avait certes pas de quoi rire, puisqu’il y eut 193 morts noyés. C’était pourtant de « libre entreprise » qu’il s’agissait, car le naufrage était la conséquence directe d’une surexploitation de la traversée, menant à un départ précipité du ferry, qui n’avait pas respecté toutes les règles de sécurité. Cette catastrophe suscita une grande émotion internationale, les médias (nous n’avions pas encore, du moins en France, de chaînes d’information télévisées en continu) ne parlèrent plus que de cette catastrophe pendant plusieurs jours, un concert fut organisé au profit des victimes. Le navire avait d’ailleurs deux « sœurs », dont les noms célébraient tout autant la « liberté », le Spirit of Free Enterprise et le Pride of Free Enterprise, ce dernier toujours en service.

Tous les morts ne sont donc pas égaux, et toutes les morts ne se valent pas : je l’ai évoqué sur mon blog dans un précédent texte. Assurément, les morts du Herald of Free Enterprise eurent un poids médiatique sans commune mesure avec ceux des réfugiés qui meurent chaque mois en Méditerranée, morts de si peu de poids que l’on en ignore jusqu’au nom. C’est qu’on manque aussi d’images dans notre monde d’images. Seules celles du cadavre du petit Aylan Kurdi, enfant syrien mort noyé sur les côtes turques à l’âge de trois ans, provoquèrent un bref instant de sursaut – et furent tout aussitôt contestées, car un peu trop dérangeantes, par les inévitables théoriciens du complot.

Il est bien loin, le temps des Boat Peoples de la mer de Chine, lorsque le navire humanitaire au beau nom d’Île de Lumière, affrété par une ONG, s’en vint sauver en 1979 des dizaines de milliers de réfugiés politiques vietnamiens, et dont au moins 120 000 furent accueillis en France, sous les doubles auspices de Jean-Paul Sartre et de Raymond Aron. Mais tout a été dit sur « 2015 n’est pas 1979 ».

Une chose au moins est claire, de ces morts l’Europe, les Européens et leur « Union » sont et seront comptables. Et, espérons-le, il nous en sera demandé des comptes d’ici quelques années. On aura aussi remarqué que les premiers à ériger des barrières matérielles contre ces réfugiés ont été ceux qu’a longtemps entouré un « Rideau de fer ». Certains s’en étonnent, tant avait été célébrée la « démocratie retrouvée » de ces pays qui, « après la parenthèse communiste, renouaient enfin avec leur passé », comme le serinèrent alors urbi et orbi un certain nombre de journalistes peu informés en histoire. C’est en effet oublier que, depuis le néolithique ou presque, aucun des pays de l’Europe orientale ou centrale n’a jamais connu la « démocratie », si ce n’est les quelques décennies de l’Athènes classique du Ve siècle ou celles de la Tchécoslovaquie de l’entre-deux-guerres. Occupations étrangères, dictatures ou royautés d’opérette s’y sont succédées avec constance, quitte à réhabiliter désormais, comme en Slovaquie, en Croatie ou en Ukraine, les collaborateurs d’avec le régime nazi et le génocide.

La « Caste », son idéologie, ses pratiques

Mais revenons à la « liberté », celle de la « concurrence libre et non faussée » sur laquelle veillent jalousement les instances bruxelloises et les régimes européens qui en dépendent. On sait que depuis les années 1980, cette « concurrence » entre individus et entre groupes d’individus (institutions, entreprises, etc.) s’est imposée comme seule vision du monde, nous ramenant à Adam Smith et même à Thomas Hobbes et à sa théorie de « la guerre de tous contre tous ». Après les partis conservateurs, les partis sociaux-démocrates au pouvoir s’y sont soumis à leur tour, au point de perdre toute visibilité idéologique et politique, et jusqu’à risquer de disparaître. Les partis d’extrême droite s’en revendiquent tout autant, en Europe comme ailleurs, depuis le Chili de Pinochet jusqu’au nouveau pouvoir brésilien, leurs succès, dans une spirale infernale, étant justement dus aux politiques néolibérales et à la vision du monde qu’elles infusent. En résumé, les notions de biens publics, de biens communs se dissolvent peu à peu.

L’argument imparable est celui de la « Dette » publique, qui a permis de ravager et de dépecer l’économie grecque, et qui est agité aussi bien par Bruxelles que par la plupart des gouvernements européens. On se reportera à ce sujet aussi bien au très accessible Traité d’économie hérétique de l’économiste Thomas Porcher, de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, qu’au très savant et argumenté La Dette – 5 000 ans d’histoire de l’anthropologue anglais David Graeber, de la London School of Economics. Le maniement de la dette comme instrument d’asservissement étatique y est parfaitement expliqué. C’est au nom de la « Dette » que les services publics sont peu à peu amoindris sinon radiés, tandis qu’enseignants et personnels médicaux sont partout débordés. C’est toujours au nom de la Dette qu’il faudrait, nous dit-on, supprimer plusieurs centaines de milliers d’emplois publics en surnombre.

Il suffit pourtant de consulter les statistiques de l’OCDE, qui n’est pas un repaire de gauchistes, pour constater que la France, avec 88 fonctionnaires pour 1 000 habitants, si elle se situe au-dessus de la moyenne des pays méditerranéens (dont la Grèce, avec 66 fonctionnaires pour 1 000 habitants, dont les services publics ont été, il est vrai, démantelés), se situe bien en dessous de la moyenne des pays scandinaves, comme la Suède avec 138, et même la Norvège, le record avec 159 fonctionnaires pour 1 000 habitants ! Or, comme c’est surprenant, ce sont justement l’ensemble des pays scandinaves qui possèdent de loin le meilleur score (puisque tout doit désormais être noté), autant en matière de fonctionnement démocratique (la France n’y est que 22e), qu’en matière de qualité de vie (la France n’est que 31e). Ce sont là des indices qu’on évoquera moins, préférant ceux des agences de notation financière ou du classement dit « de Shanghai » des universités, autant d’arguments classiques du néolibéralisme à l’appui de son idéologie. Ajoutons enfin, toujours selon l’OCDE, que la France, qui recourt beaucoup moins à la sous-traitance privée que d’autres pays, a des frais de fonctionnement de ses administrations près de la moitié inférieurs à ceux, par exemple, du Royaume-Uni.

Mais cela ne décourage en rien les tenants de la privatisation généralisée de toutes les activités collectives, qui ne cesse pourtant de prouver amplement ses méfaits. Celle des chemins de fer est partout un échec, quand elle n’a pas abouti, comme au Japon, au triplement des tarifs, de même que celle des autoroutes françaises est pour les compagnies concessionnaires un véritable pactole au détriment des usagers. La privatisation des prisons britanniques tourne au scandale. Le recours à des officines privées pour l’aide aux demandeurs d’emplois s’est révélé en France infiniment plus coûteux et moins performant que les agences publiques de Pôle Emploi, pourtant saturées. Les anciennes compagnies nationales chargées à l’origine de produire et de fournir chacune gaz ou électricité se font maintenant concurrence sur les mêmes créneaux, gâchis irrationnel de temps et d’énergie. Les prétendus « partenariats publics-privés » (ou PPP), où les entreprises privées construisent à leurs frais (comme le nouveau ministère de la Défense, le nouveau palais de justice de Paris, des hôpitaux, et maintenant les écoles de Marseille, entre autres), mais se remboursent grassement en loyers pendant des décennies, ont ému jusqu’à la Cour des comptes, peu suspecte de bolchévisme compulsif. En résumé, avec le recours au privé, les actionnaires coûtent à la collectivité nationale beaucoup plus cher que les fonctionnaires. Et si l’on souhaite se documenter plus avant sur l’idéologie et les pratiques intéressées de notre haute fonction publique, et en particulier de l’Inspection des finances, on lira avec profit la toute récente enquête de Laurent Mauduit, La Caste, Enquête sur cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir – enquête qui n’a pas été réfutée.

La culture privée payée par l’argent du public

Que la culture soit devenue, au fil du temps, de moins en moins une priorité des politiques publiques, l’intrusion croissante du privé en est une claire illustration. Que le directeur de cabinet du ministre de la Culture qui, en 2003, formalisa la création d’un secteur privé de l’archéologie préventive tout comme une loi sur le mécénat et la fiscalité de l’art et des fondations, soit devenu, après avoir été ensuite directeur de la concurrence au ministère des finances, le PDG de la maison de vente d’art Christie’s, pour passer ensuite directement chez son concurrent Sotheby’s, en est un exemple, certes anecdotique, mais parfaitement emblématique. Il n’y a plus de grands projets culturels publics en France, ce dont témoigne la disparition des « grands travaux présidentiels », institution naguère incontournable de la Ve République. Le recours au mécénat est devenu l’unique rengaine que ne cessent de ressasser comme excuse les responsables politiques, oubliant qu’en France, pays de tradition catholique et non protestante, ceux qui ont de l’argent confondent mécénat et sponsoring, et ne consentent généralement à le dépenser qu’en contrepartie d’un retour immédiat sur investissement.

Ainsi l’assez beau bâtiment de la fondation LVMH dû à l’architecte Frank Gehry au bois de Boulogne, « cadeau de Bernard Arnault aux Parisiens » comme le proclama le service de communication du milliardaire, aura coûté dans les 800 millions d’euros. Toutefois sur cette somme, grâce justement à la fiscalité des fondations, 60 % auront été financés par les contribuables français sous la forme de réductions d’impôts ! Le bâtiment de l’ex-Musée des arts et traditions populaires qui jouxte ladite fondation, vient à son tour d’être cédé à Bernard Arnault, les collections de ce prestigieux musée ayant été, comme on sait, transférées au Mucem à Marseille, qui ne peut en exposer qu’une très petite partie, faute de place. Ces crédits d’impôts et autres « délégations de service public » (DSP) ou partenariats divers, ont permis en peu de temps à de grands groupes privés – Vivendi, Live Nation, Vente-Privée, Fimalac, etc. – de mettre la main sur un nombre croissant d’institutions culturelles, comme les Zéniths de Paris, Toulouse, Nantes ou Nancy, le Festival électro de Nice, la future salle de musiques actuelle d’Aix-en-Provence, de nombreux théâtres dont celui de Nevers, des festivals comme celui de Limoges, etc. On pourra lire pour plus de détails l’éclairant article d’Antoine Pecqueur dans le dernier numéro (n° 11) de la Revue du crieur.

Cette mainmise du privé n’est pas anodine et on ne saurait se contenter d’y voir un afflux d’argent frais, bienvenu pour un État qui serait « en faillite » et grevé par sa Dette. En effet, ces entreprises privilégient les spectacles rentables au détriment de la création – ou bien rentabilisent des créations financées à l’origine sur des crédits publics. Les tarifs et les cachets augmentent, que ne peuvent plus suivre les salles publiques ou les petites salles privées indépendantes.

Menaces sur l’Inrap

Le « marché » de l’archéologie préventive, ouvert par la loi de 2003 mais qui ne s’est vraiment développé qu’à la fin des années 2000, illustre jusqu’à la caricature les effets de la privatisation rampante de la culture, sinon de la recherche. Et d’autant plus que dans ce cas, il s’agit même d’un détournement, absurde mais vivace, de la notion de « concurrence ». En effet, la mise en concurrence commerciale suppose que l’on compare, à condition d’avoir toutes les informations, les services proposés par plusieurs entreprises, afin de choisir le meilleur service (ou le meilleur bien) au meilleur prix. Mais en l’occurrence, s’agissant d’une fouille archéologique, qui est par définition un acte scientifique, c’est curieusement l’aménageur économique qui doit choisir la « meilleure recherche archéologique » entre les différents intervenants, ce pour quoi il n’a aucune compétence scientifique, hormis sa calculette. Et, curieusement, il choisit presque toujours le plus rapide et le moins cher…

Certes, quelques garde-fous sont censés exister. Depuis la timide loi Création, architecture, patrimoine de 2016, qui a vu la majorité parlementaire sociale-démocrate s’aligner pour l’essentiel sur les propositions de la droite conservatrice, il y a un droit de regard un peu plus développé de la part des services archéologiques régionaux du ministère de la culture sur les propositions d’interventions archéologiques. Là où ce droit de regard est utilisé, il a permis de bloquer parfois des projets d’intervention manifestement sous-évalués. Mais dans un certain nombre de régions, par manque de personnels et de moyens, ou par manque d’intérêt, de tels projets ont été acceptés sans problèmes.

Ainsi, depuis quelques mois, la société Évéha, toujours elle, emporte un peu partout des « marchés » avec des tarifs inférieurs d’au moins 30 à 60 % – voire de moins de la moitié, comme dans une grosse opération à Vichy – à ceux des autres intervenants, y compris privés. Il faut dire qu’elle revenait de loin, puisque sa politique de prix cassés l’avait menée dans le mur et en redressement judiciaire à la fin de 2017. Néanmoins, avec une grande mansuétude, le tribunal de commerce de Limoges l’a autorisée depuis lors à poursuivre ses activités et les ministères des finances et de la culture réunis s’obstinent à soutenir coûte que coûte une entreprise que ses dirigeants entraînent manifestement dans une impasse. Cette société accuse en effet plus de 13 millions de dettes, y compris auprès de ses salariés (remboursements des déplacements, heures supplémentaires, congés, primes, etc.) et des organismes sociaux. Mais le tribunal de commerce de Limoges, dont elle dépend, n’y voit visiblement aucun problème et continue à lui permettre de pratiquer ces tarifs trop bas.

Dans le même temps, les ministères des finances et de la culture réunis font pression sur l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) pour lui faire remonter ses prix, sous prétexte d’amélioration de sa trésorerie. Rappelons une fois de plus que, à l’instar de la fondation LVMH, les prix très bas des entreprises d’archéologie privées ne peuvent être maintenus que grâce à l’argent des contribuables, sous la forme du Crédit impôt recherche (CIR) qui, grâce à cet argent, mettent en péril le bon fonctionnement de services publics, services archéologiques de collectivités territoriales et Inrap. Certes, l’obtention du CIR est conditionnée à une expertise minimale de la part d’experts indépendants au sein du ministère de la recherche, mais le ministère des finances ne tient aucun compte des réserves émises par ces experts et verse à chaque fois aux entreprises privées l’intégralité des sommes demandées.

Ce qui n’empêche pas les dirigeants d’Évéha, avec un aplomb certain, de multiplier les plaintes contre l’Inrap, pour… concurrence déloyale, voire prise illégale d’intérêt. Si la plainte auprès de l’Autorité de la concurrence en France a été une première fois rejetée, celle auprès de la Direction de la concurrence à Bruxelles a été pour l’instant reçue. Et on attend avec intérêt comment, sur ce dossier minuscule, va réagir cette institution qui s’est régulièrement disqualifiée, avec son soutien aux lobbys chimiques et agricoles, son reclassement de l’ancien président Barroso chez Goldman-Sachs, les conflits d’intérêt dans le secteur de l’énergie de l’ancienne commissaire à la concurrence Neelie Kroes (compromise dans les Bahamas Leaks), les soupçons de compromission avec la Russie de l’actuel commissaire Günther Oettinger (auteur par ailleurs de propos racistes, sinon homophobes), les conflits d’intérêt du commissaire à l’énergie Miguel Arias Canete, entre autres. De même que l’on attend la réponse du tribunal compétent quant à la plainte en diffamation publique déposée par l’Inrap contre le directeur d’Évéha.

Le comportement des dirigeants d’Évéha porte préjudice y compris aux autres responsables d’entreprises privées d’archéologie, dont le consortium (le « Syndicat national des professionnels de l’archéologie ») s’est officiellement désolidarisé ; de même que s’en sont émues les (très rares) équipes de recherche du CNRS qui avaient contracté avec Évéha. Mais il porte surtout préjudice à l’ensemble des archéologues, en imposant des prix de plus en plus bas, donc des conditions de travail sur le terrain de plus en plus dégradées, au point que plusieurs actions de grève ont eu lieu au sein même de la société Évéha. Enfin il porte préjudice à l’ensemble de la recherche archéologique, dont les moyens, de la fouille à la publication, se trouvent singulièrement amoindris.

Que fait l’État ?

On le voit, la responsabilité des pouvoirs publics est, sur ce dossier archéologique, écrasante, même si elle n’est que le reflet de l’idéologie néolibérale en cours. L’introduction forcée de la concurrence commerciale dans l’archéologie préventive n’a apporté aucun bénéfice, y compris pour les sociétés privées, puisque plusieurs ont déjà fait faillite, que la société Acter est en grande difficulté, et que la société Hadès s’est transformée en coopérative, même si ses anciens dirigeants y ont gardé un droit (familial) de regard. Il est vrai qu’une nouvelle disposition permet aux sociétés, en dessous d’un certain chiffre d’affaires et au nom d’une « clause de confidentialité », de ne plus rendre leur bilan financier public, ce qui dorénavant limite l’analyse d’une partie de ce « marché ». L’acharnement des ministères des finances et de la culture réunis à vouloir sauver à tout prix Évéha malgré ses pratiques vient d’ailleurs à l’encontre des principes sacrés de la « concurrence libre et non faussée ».

On n’oubliera pas non plus le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui depuis la création de l’Inrap s’obstine, sans aucun argument, à ne pas financer ses activités de recherche propres – alors qu’il subventionne de longue date la Cité des sciences ou le musée du Quai-Branly, entre autres, dont la contribution à la recherche est nettement moindre –, et qu’il s’est longtemps opposé à toute évaluation de la recherche à l’Inrap par le Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES).

On peut donc avancer en conclusion que la concurrence commerciale en archéologie préventive illustre de manière caricaturale toutes les absurdités – et les dangers – de la vision néolibérale du monde. Un monde, dans ce cas précis, où il n’y a que des perdants.

 

Jean-Paul Demoule

 

Cet article est la reproduction d’un billet écrit par l’auteur sur son blog, publié le 4 novembre 2018. L’équipe d’Europe insoumise remercie l’auteur d’en avoir autorisé la republication.

BLOG COMMENTS POWERED BY DISQUS
Crédit photo
Photo : Public Domain - Wikimedia Commons
Top