Européennes : Macron fait-il campagne pour l’extrême droite ?

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Sacha Escamez
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vendredi 13 juillet 2018
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Le 9 juillet, Emmanuel Macron s’exprimait devant le parlement réuni en congrès à Versailles. Parlant de l’Union européenne, le président français n’a distingué que deux camps : d’un côté, son camp néolibéral que sa communication désigne comme « progressiste », et de l’autre, les « nationalistes ». Cette tactique simpliste pour culpabiliser quiconque ne voterait pas pour sa liste pourrait précipiter des mécontents de la politique macronienne dans les bras de l’extrême droite.

Le 9 juillet dernier, Emmanuel Macron avait réuni en congrès le Parlement pour lui délivrer un discours. En guise d’introduction, il tente de se distancer de son image « jupitérienne » en annonçant humblement qu’un président ne peut pas tout, une humilité qu’il se devait de faire valoir en rassemblant des centaines de parlementaires à Versailles pour la modique somme de 300 000 euros. Pourtant, à côté de sa mise en valeur personnelle faussement masquée par un voile institutionnel qu’il a lui-même effilé, une part importante de son propos a porté sur l’Europe, ou du moins sur l’Union européenne.

«  La frontière véritable qui traverse l’Europe est celle aujourd’hui qui sépare les progressistes des nationalistes.  »

C’est sous cette division binaire qu’Emmanuel Macron a choisi d’aborder les élections au parlement européen de l’an prochain. Se croyant probablement fin stratège, il cherche à culpabiliser l’ensemble des formations qui proposent d’autres politiques que la sienne en les amalgamant avec l’étiquette du « nationalisme » traditionnellement réservée à l’extrême droite.

Le clivage posé par Emmanuel Macron pose problème, non seulement parce que la pensée complexe de sa campagne n’a finalement accouché que d’une vision binaire digne du très droitier Ronald Reagan, mais surtout parce qu’il envoie le message que soit on vote pour lui, soit on vote pour une option présentée comme celle d’un repli sur soi identitaire autour de la nation. À l’échelle européenne, la critique néolibérale contre le « souverainisme » ou le « populisme » se traduit par l’identification d’un même camp ennemi – amalgamant probablement Rassemblement national, France insoumise ou Union populaire républicaine sous une même étiquette –, celui du « nationalisme ». Ce faisant, le président nous fait courir le risque que les mécontents de sa politique le prenant au mot cherchent à le sanctionner en votant pour le Rassemblement national, qui de fait tient à la fois la première place dans les sondages après LREM, et d’autre part occupe la place la plus évidente pour l’opinion publique en tant que partisan du nationalisme en raison de sa longue histoire en tant que parti identitaire dans le paysage politique français. En effet, le président ne peut pas tout, et il ne peut donc apparemment pas analyser correctement la situation politique de ces dernières années dont l’un des moteurs principaux est désormais le dégagisme.

Malgré la nouvelle humilité qu’il s’est trouvé, le président Macron semble croire qu’il ne doit son élection qu’à ses propres mérites, en oubliant qu’une bonne partie de ses électeurs a voté pour lui afin de dégager en même temps la droite filloniste et le parti socialiste, puis l’extrême droite. Il ne perçoit donc pas que son nom est le prochain sur la liste, et que pour le rayer les mécontents n’hésiteront pas forcément à utiliser la liste en seconde position dans les sondages, celle de l’extrême droite, dont il indique lui-même qu’il faudrait la choisir pour l’atteindre lui…

Pourtant, l’extrême droite n’est pas vraiment une alternative. Au-delà de sa posture sociale récente qui prétend défendre les services publics mais attaque les grévistes qui se mobilisent pour sauver ces services, l’extrême droite a toujours été libérale. D’ailleurs, les néolibéraux macronistes qui s’autoproclament « progressistes » par un artifice de communication ne sont pas eux-mêmes l’antithèse reluisante des nationalistes, comme le prouvent leur loi sur l’asile et l’immigration ou l’intégration de l’état d’urgence dans le droit commun. Pire, les politiques libérales de mise en concurrence qui érodent le niveau de vie des plus vulnérables à mesures qu’elles s’empilent sont, partout en Europe, l’une des principales causes de la montée du rejet de l’autre et de la tentation de repli. Même d’un simple point de vue électoral il n’y a pas de barrage macronien : le bilan d’En marche, c’est la démocratie en panne !

Accepter ou relayer la vision binaire d’un faux clivage entre libéraux et extrême droite, c’est fournir du kérosène aux « pompiers pyromanes » du macronisme. Il n’y a de clivage « ouvert/fermé » que dans les rêves des dominants pour justifier leurs transgressions au motif qu’elles nous épargneraient un moindre mal. D’autres choix sont possibles que le pile nationaliste ou le face libéral d’une même pièce qui ne vaut que des clous. En réalité, le politologue Thomas Guénolé martèle qu’il existe actuellement un choix entre quatre grandes orientations politiques. Au-delà des partis de la « mondialisation malheureuse » ou du repli identitaire, on trouve aussi des conservateurs classiques à mi-chemin entre ces deux cauchemars, mais aussi et surtout une force sociale altermondialiste et alter-européenne incarnée par la France insoumise. Pour éviter de mettre l’Europe à feu et à sang avec la flamme de l’extrême droite ou le souffle libéral qui l’attise, l’alternative réside dans le peuple qui défend une société solidaire de l’intérêt général : Et Maintenant Le Peuple !

 

Sacha Escamez

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