Partenaires européens insoumis : en route vers 2019 !

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Sophie Rauszer
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jeudi 28 juin 2018
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Chapô
Mercredi 27 juin, l'alliance de partis de gauche radicale européens pour une transformation de l'Union européenne s'est officiellement élargie. Le chemin entamé en avril 2018 ne fait que commencer.

Le 12 avril dernier, la France Insoumise, Podemos et le Bloco portugais lançaient l’appel de Lisbonne pour un mouvement européen. « Et maintenant le peuple » est rejoint ce mercredi 27 juin par trois nouvelles forces. Retour sur les différentes étapes de ce mouvement inédit en Europe.

La fondation du mouvement, le rejet des traités

« Et maintenant le peuple » part d’un constat commun : les traités européens jugulent les peuples et sont un obstacle à tout gouvernement écosocialiste. Il se présente comme une alternative au choix binaire posé par l’Union européenne, entre tout accepter et tout rejeter, entre néolibéralisme et extrême-droite. Il faut faire primer l’intérêt des peuples et de la planète sur les intérêts privés. De la Russie en passant par la question migratoire, Jean-Luc Mélenchon analyse, dans l’UE actuelle : « Il s’agit toujours de faire face à quelqu’un et jamais de coopérer entre nous. Vous avez le choix avec votre bulletin de refuser le chantage des uns et la violence des autres. » Miguel Urban, eurodéputé de Podemos, abonde dans son sens : « Les deux s’alimentent. Nous ne pouvons pas nous aligner avec Merkel et Macron au prétexte de contrer Salvini. »

Ce mouvement n’est pas né tout d’un coup. Younous Omarjee, notre eurodéputé insoumis, et d’autres ont beaucoup travaillé ces réseaux. C’est le fruit de solidarités et de batailles communes de longue date tout autant que d’une volonté de dépassement des impensés de la gauche européenne. Avec ce mouvement européen, la France insoumise renouvelle son expérience de L’Avenir en commun : rassembler autour d’idées concrètes en lien avec l’intérêt général humain. En Europe, cette formule est d’autant plus pertinente. Les partis européens existants se positionnent les uns par rapport aux autres, sur un axe binaire pour ou contre le projet européen présenté et peinent à proposer autre chose.

Lutte contre l’évasion fiscale, première bataille

Dans la foulée de son lancement, le mouvement « Et maintenant le peuple » choisit de s’attaquer à un des premiers fléaux européens : l’évasion fiscale. En mai dernier, il lance donc dans une tribune quatre pistes de réforme : pour une liste noire exhaustive des paradis fiscaux, incluant ceux de l’Union européenne, comme le Luxembourg ; interdire l’accès aux marchés publics aux entreprises qui exercent dans des paradis fiscaux ; créer un délit pour incitation à la fraude et à l’évasion fiscales ; enfin protéger les lanceurs d’alerte. Ces lignes directrices ont pour vocation d’être déclinées dans les pays, par des campagnes de communication comme par des travaux parlementaires, motions, amendements et questions aux gouvernements dans chacun de nos parlements respectifs en ce sens. Ce travail a déjà commencé. En France, la France insoumise a lancé une campagne qui souligne les 1 600 euros par an et par contribuable que cette fraude coûte aux honnêtes contribuables. Autant d’argent perdu pour nos retraites, nos hôpitaux ou encore la transition énergétique. Ce que nos députés insoumis au Parlement national n’ont pas manqué de souligner dans le projet de loi budgétaire de Macron. Podemos s’apprête à présenter une proposition de loi en ce sens. Les autres forces également via divers outils. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

Anniversaire du référendum de 2005, défendre la démocratie

À la suite du non français au référendum de 2005, les gouvernements européens ont passé le traité de Lisbonne en force. Le Mouvement européen a commémoré le 29 mai 2018, à Strasbourg, le 13e anniversaire du référendum au Traité constitutionnel européen. Le « non français était un oui à la démocratie », rappelait Marisa Matias du Bloco portugais. Parmi les invités, les représentants d’Unité populaire (Grèce), Potere al Popolo (Italie), Dei Lenk (Luxembourg) ou encore un eurodéputé allemand indépendant, Stefan Eck. Ce défenseur des droits des animaux s’est joint à notre appel : « Nous avons besoin d’une nouvelle Europe, d’un nouveau mouvement, qui prennent en compte l’intérêt de la planète et des animaux. »

Élargir l’arc européen de l’insoumission

Après un lancement très méditerranéen à Lisbonne, le mouvement étend son arc jusqu’en Europe du Nord. Ce mercredi 27 juin, « Et maintenant le peuple » officialisait l’adhésion de trois forces scandinaves : l’Alliance rouge-verte danoise (Enhedslisten, représentée par Pernille Skipper), le Parti de gauche suédois (Vänsterpartiet, représenté par Malin Bjork) et l’Alliance de gauche finlandaise (Vassemisto, représenté par Merja Kyllönen). Les Européens du Nord apportent une culture indéniable en matière d’écosocialisme et de droits des femmes. Directive congé parental ou encore investissements pour des énergies propres, leur expérience sera précieuse pour déterminer des mesures et campagnes communes dans les mois qui viennent. « C’est une étape importante », souligne la représentante danoise, « l’occasion de développer des politiques communes et de défier les élites européennes. » Caterina Martins, la présidente du Bloco portugais, rappelle que ce mouvement ne se limite pas à des questions institutionnelles mais veut trouver des solutions à des problèmes concrets. « Nous créons les majorités de demain dans nos pays. »

Définir les prochaines campagnes communes

La déclaration signée ce mercredi détermine sept thèmes de bataille communs : la justice fiscale, les droits sociaux, le changement climatique et l’écologie, l’égalité et les droits des femmes, le commerce international, la question migratoire ainsi que la paix et le désarmement mondial. Chaque délégation coordonnera une campagne spécifique. La France insoumise s’est engagée sur la question de la militarisation de l’Union européenne. Un sujet clef pour la France au regard de sa contribution financière à ce projet inféodé à l’OTAN. Prochain rendez-vous du mouvement : à l’université d’été de la France insoumise, fin août.

L’insoumission gagne du terrain en Europe !

Sophie Rauszer

 

Photo : conférence du mouvement « Et maintenant le peuple », 27 juin 2018. Source : GUE/NGL EP.

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Conférence d'élargissement du mouvement « Et maintenant le peuple », 27 juin 2018. Source : Et maintenant le peuple.
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