Les grands patrons n'ont pas la cote ? Quoi de plus naturel !

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Thomas Cloarec
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lundi 1 avril 2019
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Chapô
Au-delà de l'affaire Carlos Ghosn, quel est le rapport des grands patrons français avec la réalité vécue par leurs concitoyens?

Selon un sondage Odoxa-Aviva, 34 % des Français ont une mauvaise image de leurs grands patrons, dont les pratiques (évasion fiscale notamment) sont devenues absolument insupportables pour une grande partie de la population.

Avait-il quelque comptes à rendre à son ancien patron ? Il y a quelques semaines, sur le plateau de BFM Business, Patrick Pélata, directeur général de Renault de 2008 à 2011, a légèrement égratigné Carlos Ghosn, le PDG du groupe, soupçonné de malversations financières et d'abus de confiance au Japon. Selon lui, Carlos Ghosn mérite son sort judiciaire. « Quand vous découvrez que vous avez un patron qui a fait tout ce qu'il a fait, la seule solution est d'arrêter net. Je regrette que Renault ne l'ait pas fait aussi vite parce que je pense qu'ils avaient accès au dossier », a même lâché Patrick Pélata.

S'il est encore trop tôt pour tirer quelque conclusion que ce soit dans l'affaire, force est de constater qu'il y a quelque chose de cathartique à observer un grand patron accusé de malversations financières tomber dans la tourmente. En se faisant accuser par l'un de ses anciens collaborateurs qui plus est. Ce n'est pas la première fois que l'un de ces « tout-puissants » est empêtré dans un scandale de la sorte. Mais le timing est, disons, intéressant. Car au moment où les routes de l'Hexagone ont vu fleurir des gilets jaunes, à l'automne dernier, l'un des représentants de ce monde de velours, qu'ils accusent de tous les maux, se faisait épingler pour des pratiques illégales. Savoureux, non ?

Reste à savoir si ses co-légionnaires français retiendront la leçon : à trop vouloir jouer avec les règles financières, la plupart du temps pour les enfreindre, les patrons risquent gros. Ceci à tout point de vue (financier, judiciaire et d'image), alors que leur cote auprès des Français se dégrade d'année en année. Ces derniers, afin de les décrire, optant notamment pour les termes « méprisants » et « malhonnêtes ». Ambiance. Mais quoi de plus naturel, lorsque l'on constate dans les médias que telle ou telle entreprise du CAC 40 se remplit les poches en pratiquant l'exil fiscal, verse des salaires mirobolants à ses patrons et actionnaires tandis que ses salariés peinent à joindre les deux bouts – ceci alors que la valeur boursière des 40 plus grandes sociétés tricolores a doublé en 10 ans ?

Assourdissant silence

Selon le sondage Odoxa-Aviva publié par Challenges, si 80 % des Français ont une image positive des entrepreneurs, le chiffre dégringole à 34 % s'agissant des grands patrons. 70 % d'entre eux sont plutôt d'accord avec le fait que ces derniers agissent dans leur intérêt personnel, tandis qu'ils estiment à 75 % que les figures du CAC 40 devraient diminuer leurs salaires et se montrer davantage transparents afin d'améliorer leur image. Un conseil sur lequel le numéro 2 français du luxe, Kering, devrait par exemple rapidement se pencher, après les révélations de Mediapart, l'an dernier, sur les montages financiers régulièrement mis en place par le groupe qui lui ont permis d'économiser plusieurs milliards d'euros d'impôts, tout en payant grassement certains de ses patrons.

La société de François-Henri Pinault a même été accusée de pratiquer « l'évasion fiscale à tous les étages » par le média français, qui a mis au jour différents « montages offshore », dont l'un a bénéficié directement au patron de Gucci, la marque phare de Kering, Patrizio Di Marco. À croire que dans le petit monde de la grande escroquerie tout est lié, cette affaire a également éclaboussé un potentiel grand patron en devenir, Jean-Pierre Denis, à la tête du Crédit Mutuel Arkéa et... administrateur de Kering. Qui a eu vent de certains montages pratiqués par le groupe familial, comme l'a également indiqué Mediapart. De quoi freiner les ardeurs de celui, qui cherche, par n'importe quel moyen, à gagner l'indépendance de sa banque – à des fins d'enrichissement personnel dit-on ?

Rien n'est moins sûr, lorsque l'on constate à quel point les grands patrons paraissent déconnectés du réel. Perchés sans arrêt dans les hautes sphères, où la raison n'a plus lieu d'être et où seul le langage de l'argent semble avoir cours. La preuve, très récemment, avec les Gilets jaunes et l'assourdissant silence de ces dirigeants d'entreprises en guise de réponse.

Mais les premiers ne doivent pas désespérer dans leur quête de justice fiscale : les révélations qui se succèdent ces derniers temps devraient calmer ceux qui cherchent à perpétuer ce règne de l'argent-roi – contre les salariés la plupart du temps. Quant à Carlos Ghosn, s'il est prouvé qu'il a fauté, l'envie de jouer de nouveau avec les règles devrait lui passer.



Thomas Cloarec

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Carlos Ghosn branche un cable sur une voiture Nissan, 2010. Source: Wikimedia Commons.
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